Le baptême confère-t-il un caractère spirituel ?

mercredi 10 septembre 2014, par theopedie

En bref : Par le baptême, le baptisé est configuré et incorporé au Christ pour lui appartenir. La doctrine du sceau (« caractère ») spirituel exprime la réalité de cette consécration : par le baptême, l’âme du chrétien reçoit une marque indélébile, qui est le signe de son rachat et de sa consécration.
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Le baptême : revêtir le Christ
Le rite baptismal de la « vestition »

 La configuration au Christ

Par la justification (sanctification) dont le baptême est l’instrument, nous devenons « participant de la nature divine » (2 Pierre 1, 4) et par conséquent « enfants de Dieu », (Jean 1, 12) et « héritiers de Dieu » (Romains 8, 17). Ces expressions expriment le fait que Dieu enfante (« conçoit ») son Fils (sa parole à son image) dans notre âme. Être adopté par Dieu signifie ainsi que notre âme, portant dans la foi ses commandement et sa loi, devient configurée à l’image de Jésus Christ, fils de Dieu (Romains 8, 29).

Cette configuration surnaturelle en l’image du Fils unique de Dieu ne peut se faire que si le baptisé entre dans un rapport surnaturel avec Jésus-Christ, pour vivre de la vie même du Christ. Saint Paul l’exprime en ces termes : « Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ » (Galates 3, 27). Entendons : par le baptême, l’homme ne devient pas seulement la propriété juridique de Jésus : il est revêtu de Jésus, c’est-à-dire intrinsèquement uni à lui et transformé en lui (2 Corinthiens 3, 18), rempli de son Esprit et de sa vie, participant à sa filiation et à son héritage : « configuré ».

 De la configuration au caractère

Cette configuration au Christ et ce revêtement du Christ, voilà précisément ce que le sceau baptismal (le caractère) signifie :

Nous sommes marqués de l’Esprit Saint, afin que nous puissions garder sa splendeur, sa ressemblance et sa grâce, ce qui est assurément un sceau spirituel. Bien que, en apparence et visiblement ce soit notre corps qui est marqué, en réalité cependant c’est notre cœur, afin que l’Esprit Saint imprime en nous l’image céleste (Saint Ambroise)

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Sceau médiéval venant de l’Yonne

Plus précisément, ce sont les controverses sur la validité du baptême conféré par des hérétiques et sur la non-réitération du sacrement qui incitèrent l’Église à approfondir la théologie du baptême, et grâce à la notion de caractère, à pouvoir articuler avec précision

  • validité et effet salutaire,
  • caractère et grâce,
  • configuration au Christ par le caractère et conformité avec lui par la grâce.

On dira donc que le sceau baptismal signifie le caractère irrécusable de cette configuration. Mais cette configuration n’est qu’une étape préalable à autre chose de plus important : la conformité par la foi et par les oeuvres dans la grâce. Le caractère baptismal configure l’âme en la disposant - c’est-à-dire en la rendant apte- à recevoir la grâce sanctifiante, laquelle rendra cette même âme semblable au Christ.

Ici encore, la pratique de l’Église a commandé le développement de la théologie.

Nam si christiani baptismi sacramentum, quando unum atque idipsum est, etiam apud haereticos valet et sufficit ad consecrationem, quamvis ad viae aeternae participationem non sufficiat : quae consecrat reum quidem facit haereticum extra Domini gregem habentem dominicum characterem, corrigendum tam admonet san doctrina, non iterum similiter consecrandum (saint Augustin, ad Bonif. 98.5)

L’existence du baptême permet d’expliquer que le baptême reçu dans de mauvaises conditions puisse être valide, réalisant effectivement dans le néophyte l’empreinte du Christ, - mais que son effet salutaire soit pour ainsi dire suspendu aussi longtemps que demeureront les mauvaises dispositions. Le caractère subsiste en cette âme comme une pierre d’attente jusqu’au moment où la grâce, rencontrant des dispositions favorables, viendra achever la conformité au Christ.

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