Le Christ est-il immolé pendant la messe ?

samedi 13 décembre 2014, par theopedie

En bref : Si l’eucharistie est un sacrifice au sens propre du mot, il y a donc, sur l’autel, non pas une simple oblation, mais une immolation du corps et du sang, comme l’affirme le concile de Trente. En d’autres termes, l’oblation de Jésus Christ s’accomplit par un acte sacrificatoire, qui le met sur l’autel en état de victime immolée, quoique de manière non sanglante.

C’est par et dans la double transsubstantiation que s’accomplit le sacrifice de la messe. Cette double transsubstantiation opère une immolation de manière iconique (de manière « sacramentelle »), car cette double transsubstantiation est une icône de la séparation du corps et du sang du Christ. Cette séparation iconique n’aboutit point à la séparation réelle du corps et du sang (cf. supra), elle consiste simplement à représenter le corps et le sang de manière séparée. Sous le pain, seul le corps est représenté (sans être séparé réellement du sang) et sous le vin, seul le sang est représenté (sans être séparé réellement du corps). Ainsi, sur l’autel, Jésus Christ est représenté comme une victime immolée, bien que cette immolation ne soit pas sanglante, mais seulement iconique.

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Le sacrifice de la messe

Bien qu’iconique, cette immolation n’en est pas moins réelle et l’occasion d’un sacrifice véritable. En effet, la séparation iconique du corps et du sang se fait dans un acte extérieur d’offrande qui exprime de manière matérielle le sacrifice intérieur du Christ (sa consécration à Dieu pour les hommes). Cette oblation exprime aussi véritablement et réellement le sacrifice intérieur du Christ que ne l’avait fait en son temps le sacrifice de la croix et parce qu’un sacrifice n’est sacrifice que pour autant qu’il est l’icône d’un sacrifice intérieur, et c’est sous ce même rapport que la double transsubstantiation et le le calvaire sont des sacrifices.

C’est en regard de l’expiation que sacrifice iconique et sacrifice sanglant n’ont pas la même valeur : là, l’effusion réelle du sang est nécessaire. Mais le sacrifice de la messe n’a pas pour objet de réconcilier à nouveau les hommes avec Dieu et d’expier à nouveau, mais d’appliquer les mérites du sacrifice de la croix.

 Seule la double consécration réalise l’immolation

Preuve par élimination. Seule la double consécration réunit ces caractères :

  • De même que Jésus Christ est l’acteur principal de cette immolation, de même, seul ce qui est d’institution divine peut signifier cette immolation.
  • L’immolation étant un privilège du sacerdoce, elle doit correspondre à un acte que seul le prêtre peut poser.
  • En vertu du sacrifice de Melchisédek ayant valeur d’anticipation, le sacrifice doit s’étendre sur les deux oblats.
  • L’immolation doit représenter la mort sanglante de la croix.

Inversement, la manducation du pain n’est pas l’acte immolatoire :

  • Le Christ a donné à ses disciples son corps immolé (« Ceci est mon corps livré pour vous »).
  • Dans la communion, nous recevons quelque chose de Dieu alors que dans le sacrifice, nous donnons quelque chose à Dieu. La destruction qu’opère la manducation est le symbole de ce qui est reçu, non de ce qui est donné.

 Rejet de différentes théories

Voici quelques tentatives de description du sacrifice de la messe :

  • par la consécration, la substance du pain est du vin est offerte à Dieu par mode de destruction (oblation secondaire) tandis que le Corps du Christ est offert par mode de production (kénose).
    • Cette théorie n’est pas compatible avec ce qui est dit du pain et du vin, lesquels, selon le concile n’entre pas dans la composition du sacrifice.
  • L’eucharistie est essentiellement et exclusivement un sacrifice relatif ou commémoratif : elle rend présente la victime anciennement immolée. Autrement, c’est uniquement en vertu de son rapport à la croix qu’elle acquiert le statut de sacrifice.
    • Cette théorie ne permet pas de dire en quoi la messe est en elle-même un sacrifice. Dire que la messe est un sacrifice relatif doit être compris en ce sens : la messe est un sacrifice dont la nature se rapporte à un autre sacrifice.
  • Les paroles sont comme un glaive spirituel qui immole la victime, séparant son corps et son sang réellement.
    • Cette théorie est en contradiction avec le concile qui affirme que le sacrifice de la messe est un sacrifice non sanglant. De plus, si le corps et le sang du Christ étaient réellement séparés, on comprend mal comment le Christ aurait pu prononcer les paroles consécratoires de son vivant. Les paroles consécratoires doivent donc être prises en un autre sens : elles n’affirment point que le corps de Jésus sans le sang et inversement sont présents à travers les apparences du pain et du vin, mais qu’il y a présence simultanée du corps et du sang à travers les deux apparences.
  • C’est par une kénose qu’il y a sacrifice et la kénose réside dans la transformation du Christ en aliment.
    • Un aliment ne saurait représenter de manière adéquate le sacrifice intérieur du Christ.

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