La vie humaine a-t-elle besoin d’avoir un idéal ?

dimanche 26 juillet 2015, par theopedie

En bref : Oui, car l’équilibre de vie provient de l’idéal dans lequel on se complaît, puisque c’est dans l’orientation fondamentale de sa vie que l’homme trouve en lui ce qui maîtrise ses affections. C’est de cette manière qu’il est dit de ceux qui s’adonnent à la gloutonnerie : « Ils se font un dieu de leur ventre » (Ph 3, 19) parce qu’ils orientent leur vie dans les jouissances de la chair et en font leur idéal ultime. Et, de la même manière qu’il est écrit : « nul ne peut servir deux maîtres » (Mt 6, 24), il est impossible qu’un homme ait deux idéaux fondamentaux s’il veut mener une vie équilibrée.

Il est impossible que la liberté d’un individu se dirige simultanément vers différentes choses comme autant de idéaux fondamentaux, et on peut en donner trois raisons.

La première est que, puisque tout chose aspire à sa propre plénitude, tout chose aspire à un objectif ultime, lequel a valeur pour lui de plénitude et d’achèvement, ce qui fait dire à S. Augustin : « Nous appelons le sens de la vie humaine non ce qui se détruit pour ne plus être, mais ce qui s’accomplit pour être pleinement. » Il faut donc que l’idéal suprême d’une personne comble tellement son désir qu’elle n’ait plus besoin de rien désirer d’autre. Ce qui serait impossible si quelque chose d’autre était encore requis à sa plénitude. Il est par conséquent impossible que nous aspirions à deux choses différentes, qui seraient toutes deux deux perfections intégrales.

Deuxième raison. La raison se fonde sur des réalités axiomatiques spontanément constatés. De même, le désir de la conscience, c’est-à-dire la liberté, se fonde sur une réalité spontanément désirée. Et ce fondement doit être un équilibre intérieur ; car l’existence naturelle aspire spontanément à l’équilibre. Et puisque le fondement du désir de la conscience, c’est son idéal suprême, il faut que cet idéal suprême vers lequel incline notre liberté soit un facteur équilibrant. Il faut donc qu’il soit unique.

Troisième raison. Nous avons démontré plus haut, que les actes libres sont classés en fonction de l’idéal qu’ils poursuivent. Or, puisque l’idéal fondamental est le principe de tout autre idéal, c’est en fonction de cet idéal fondamental que les autres idéaux sont classés, de même que l’on regroupe les réalités physiques en fonction d’une structure commune. Or, puisque toutes les aspirations de la liberté en tant que telles relèvent d’un même genre, il faut bien qu’il n’y ait qu’un idéal fondamental. Cela est d’autant plus vrai que tout ensemble procède d’un principe commun, et que l’idéal joue le rôle de principe d’action, comme on l’a dit. D’autre part, de même que l’idéal suprême d’un homme est la même que l’idéal fondamental de l’humanité ; de même l’idéal suprême d’un individu vaut pour tout autre individu. Ainsi, de même qu’il existe un unique idéal fondamental pour tous les hommes, de même chaque liberté individuelle est orientée vers un unique idéal suprême.

Objections et réponses :

1. Il semble possible que la liberté d’un seul homme ait plusieurs objectifs et plusieurs buts fondamentaux. S. Augustin dit en effet que certains ont placé l’idéal suprême de l’humanité en quatre choses : « la jouissance, la sérénité, le confort et la vertu ».

• Ceux qui mettent leur idéal suprême dans toutes ces multiples perfections envisageaient chacune de ces perfections comme l’unique idéal suprême.

2. Les choses qui ne s’opposent pas l’une à l’autre ne s’excluent pas non plus ; or il se trouve autour de nous bien des choses qui ne sont pas opposées entre elles. Donc si l’une est prise pour idéal suprême de notre liberté, les autres ne sont pas exclues pour autant.

• Sans doute on peut trouver plusieurs choses n’ayant entre elles aucune opposition ; mais il est contraire à la perfection intégrale qu’il lui manque quelque plénitude.

3. Du fait qu’elle mette son idéal suprême en quelque chose, la liberté ne perd pas pour autant sa puissance de choix. Mais avant de choisir comme idéal suprême, par exemple, le plaisir, elle aurait pu choisir autre chose, par exemple les richesses. Donc, même après avoir choisi comme idéal suprême le plaisir, elle peut encore choisir comme idéal suprême la richesse. Donc il est possible que la liberté d’un seul homme se porte sur plusieurs idéaux ultimes.

• Le pouvoir de la liberté ne va pas jusqu’à faire que les contraires existent simultanément, ce qui aurait lieu, on l’a vu, si la liberté aspirait en même temps à des réalités disparates comme autant de buts fondamentaux.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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