La transsubstantiation est-elle de la philosophie scolastique ?

dimanche 4 janvier 2015, par theopedie

En bref : C’est dans le cadre de l’exégèse des paroles de la cène que ce terme a été forgé, non dans le cadre de la métaphysique scolastique. Aussi la réalité que la transsubstantiation recouvre n’est pas dépendante de cette métaphysique, et le dogme de la transsubstantiation ne saurait être pris comme une légitimation de la doctrine de l’École, quels que soient ses mérites par ailleurs.

 Une doctrine d’abord biblique

Nous l’avons dit : malgré les apparences, la doctrine de la transsubstantiation est d’abord une doctrine exégétique avant d’être une doctrine philosophique. Mieux : c’est une philosophie biblique. Ainsi, le concept de transsubstantiation n’a de sens que dans le cadre précis des paroles consécratoires du Christ « Ceci est mon sang, ceci est mon corps », paroles interprétées de manière littérale dans la foi en la divinité du Christ. Elle est le meilleur moyen que la raison ait découvert de rendre compte de la présence réelle de Jésus lors de la célébration de la messe.

Plus précisément, la doctrine de la transsubstantiation entend expliciter à quel plan se situe la présence de Jésus. Selon cette doctrine, c’est à une profondeur existentielle que cette présence a lieu, au niveau de l’être (de la « substance ») du pain et du vin : au cours de la consécration eucharistique, l’être (la substance) du pain et du vin sont changés en l’être (la substance) du corps du Christ. Voilà la transsubstantiation.

Autrement dit encore, c’est l’intelligence éclairée par la foi qui permet de contempler la présence eucharistique de Jésus, non nos yeux. En effet, c’est l’intelligence qui atteint l’être, tandis que les sens ne perçoivent que les phénomènes matériels.

 Une doctrine philosophique ?

Si on regarde attentivement l’énoncé du dogme catholique de la transsubstantiation, force est de constater que ce dogme n’est pas lié à la philosophie scolastique, même s’il est vrai que celle-ci lui a fourni un cadre où elle pouvait naturellement s’approfondir.

  • Historiquement, les premiers usages du terme de transsubstantiation sont antérieurs à l’introduction de la pensée aristotélicienne dans la scolastique médiévale. De même, les pères grecs, au VIe siècle, utilisaient déjà un vocable grec proche de ce terme.
  • La notion de substance ici employée doit être prise au sens de la philosophie spontanée qui parle d’objets, de choses et d’êtres, non dans le sens technique que lui donne la scolastique. Certes, Aristote puis saint Thomas ont précisé cette notion de substance, mais il n’est pas de soi question de suppôt ou de forme substantielle dans le dogme de la transsubstantiation.
  • La notion d’accident, corrélative à la notion de substance, n’a pas été retenue dans l’énoncé du dogme. Le concile de Trente utilise le vocable d’ « espèces » (apparence, phénomène), plutôt que le terme d’accident, trop connoté scolastiquement.
  • Le synode de Pistoie a été condamné car il affirmait (entre autres) que la transsubstantiation était un terme scolastique technique.
  • Descartes et Leibniz ont développé une théorie de la transsubstantiation dans le cadre d’une philosophie non scolastique, preuve de l’indépendance de droit du concept de la transsubstantiation vis-à-vis de toute école philosophique.

2 Messages

  • Si la transsubstantiation n’est-elle pas liée à la philosophie scolastique, à quoi est-elle liée ?

    Le mot transsubstantiation, en tant que tel, apparu pour la première fois au Moyen Äge. Et si le terme a été utilisé par les Pères de l’Eglise (par qui ?), n’a, sans aucun doute, été utilisé dans le même sens que les médiévaux l’ont utilisé.

    S’il n’est pas question de forme substantielle dans la transsubstantiation, je vois mal que veut-il dire « transsubstantiation », et il manque une explication de comment un objet-X, devient-il un autre objet-Y

    Si vous voulez prendre le terme en signifiant « changement de substance », il reste encore à nous expliquer comment vous faites tenir tout cela.

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    • La transsubstantiation est-elle de la philo-sophie scolastique ? Le 4 janvier 2015 à 22:05, par theopedie

      L’article ne développe pas ici l’acception de la transsubstantiation dans la philosophie, mais dans le dogme. Et dans le dogme de la transsubstantiation, il n’est pas d’abord question de forme substantielle, mais d’abord de sanctionner une interprétation forte du dogme de la présence réelle. Vous confondez des critiques de droit et des critiques de fait :

      • de droit, la transsubstantiation n’est pas liée à la philosophie scolastique.
      • de fait, elle s’est développée dans le giron de la philosophie scolastique.

      Maintenant, libre à vous de proposer à la façon de Descartes et de Leibniz une interprétation de ce dogme non scolastique. Cette liberté d’interprétation philosophique en dehors de la scolastique, voilà justement ce que le dogme bien compris de la transsubstantiation permet (encore une fois, permission « de droit »...).

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