La théorie pragmatiste de la vérité

dimanche 8 février 2015, par Denis Cerba

En bref : La théorie pragmatiste identifie la vérité de nos croyances à leur utilité pratique. Même si cette position ne semble pas tenable, elle pointe néanmoins une caractéristique importante de la vérité.

Nous avons vu (cf. art. 891) qu’au début du 20e s., trois théories différentes de la vérité s’opposent :

  1. la théorie réaliste (ou correspondantiste) ;
  2. la théorie idéaliste (ou cohérentiste) ;
  3. la théorie pragmatiste (ou théorie de l’utilité).

Nous qualifions ces théories de traditionnelles, par opposition aux théories défendues aujourd’hui (bien que ces dernières descendent des premières, mais au prix de modifications et de reconfigurations importantes : cf. Les théories contemporaines de la vérité).

C’est la théorie pragmatiste qui nous intéresse ici. Elle peut se synthétiser dans le slogan suivant :

La théorie pragmatiste de la vérité :

Une croyance est vraie si et seulement si elle est utile en pratique.

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William James (1842-1910)

Le représentant le plus éminent de cette théorie est le célèbre philosophe américain William James (1842-1910). C’est une théorie qui a un aspect assez révolutionnaire : la vérité n’a plus une valeur cognitive, mais pratique (elle ne sert pas à connaître, mais à agir). Néanmoins, elle s’inscrit bien, elle aussi, dans le sillage de la philosophie moderne, qui définit en général la vérité comme « l’accord de la pensée avec son objet » (cf. art. 891) : seulement, pour James, l’objet de la pensée consiste à agir... Une croyance est vraie dans la mesure où elle nous permet de nous confronter de façon adéquate à la réalité, de réussir à faire ce que nous avons l’intention de faire.

La théorie de James se heurte à l’objection suivante : certaines croyances fausses ne s’avèrent-elles pas particulièrement utiles (exemple du placebo), voire même dans certains cas indispensables à la vie (exemple de quelqu’un qui n’arrive à supporter de vivre qu’en se mentant à lui-même sur quelque chose de vital pour lui)  ? La réponse typique d’un pragmatiste serait de dire que l’utilité comme critère de la vérité vaut seulement « dans la plupart des cas et sur le long terme ». Mais cela semble impliquer que l’utilité est plus une caractéristique (plus ou moins centrale) de la vérité, que véritablement sa définition : la vérité est, le plus souvent et tout bien considéré, particulièrement utile, mais elle n’est pas purement et simplement l’utilité.

Néanmoins, même si la théorie pragmatiste de la vérité ne semble pas ultimement tenable, elle a au moins le mérite d’imposer à toute autre théorie de répondre à cette question importante : pourquoi, de façon générale, les croyances vraies tendent-elles à être plus utiles que les croyances fausses ?

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