La subjectivité (conscience de soi) est-elle la première découverte de l’humanité ?

mercredi 8 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

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La famille des hominidés
Où se situe la découverte qui a fondé l’humanité ?

Si nous tenons à chercher la premier idée découverte par l’esprit et marquant son avènement, un candidat possible serait la conscience de soi : le « je », le « moi », l’« égo », ou toute autre expression similaire servant à désigner la subjectivité réflexive de l’esprit humain. Seul l’homme est capable de dire : « Je pense donc Je suis ».

Mais s’il est évident que la conscience humaine de soi est différente de la pensée animale, plusieurs remarques doivent être faites. Premièrement, il existe une certaine forme de subjectivité animale :

  • Les animaux sont capables de ressentir de la douleur (au moins la douleur aïgue. La douleur chronique semble plus difficile à tracer et il semble y avoir absence ou quasi-absence de souffrance psychogène).
  • Les animaux sont capables d’entretenir une vie émotive et affective (joie, tristesse, attachement, etc). Ceci peut être d’une certaine importance alors que l’on reconnaît de plus en plus la dimension cognitive des émotions humaines.
  • Certains animaux (notamment les chimpanzés) passent le test du miroir. Après avoir été marqués sur leur visage pendant le sommeil, ils sont capables à leur réveil de devenir conscients d’un changement grâce à un miroir.

Ces remarques ne sont pas là pour nous faire oublier la différence entre subjectivité animale et subjectivité humaine : il y a bien une différence. Toutefois, au vu de ces remarques, il semble juste de dire que la différence ne réside pas dans la subjectivité humaine en tant que telle, mais dans la complexité de cette subjectivité.

Deuxièmement, les cultures traditionnelles ont tendance à valoriser davantage le groupe plutôt que l’individu. Certes, la subjectivité humaine est toujours présente dans ces cultures, mais elle n’est pas cultivée et valorisée de la même manière. Le « je » n’y a pas la même importance. Et surtout, l’identité personnelle est orientée vers l’identité du groupe. Ce qui vaut pour les cultures traditionnelles vaut pour les premiers hommes. Quand bien même il s’agirait ici de « psychologie-fiction », l’identité première de nos ancêtres devait davantage être celle du groupe plutôt que leur subjectivité propre. Ou, pour le dire autrement, chercher des traces de conscience de soi dans les premiers hommes paraît être au mieux un anachronisme, au pire la projection de nos propres préoccupations.

Ces remarques suggèrent une conclusion différente de notre première intuition : ce qui parait fondamental et spécifique à l’homme ne semble pas être la conscience de soi, mais la valeur qu’il accorde à sa propre existence et à celle du groupe. Dans les deux cas, ce qui paraît premier, c’est une conscience morale. L’animal a probablement conscience de sa propre vie, mais il n’en discerne pas la valeur.

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