La sépulture est-elle la première découverte de l’humanité ?

lundi 6 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

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La famille des hominidés
Où se situe la découverte qui a fondé l’humanité ?

Le soin des morts et le deuil constituent-t-ils la marque propre de l’esprit humain ? L’homme est-il le seul « animal » a avoir découvert la mort ? La réponse ne semble pas si aisée tant il est vrai que certains animaux manifestent une singulière conscience de la mort. Les dauphins, les primates et d’autres animaux possédant une réelle vie collective montrent un comportement que l’on pourra qualifier d’ « endeuillé » face à la mort de l’un de leur congénère (Cf. The Emotional Lives of Animals, Marc Bekoff).
On observe encore chez les éléphants un comportement singulièrement proche du nôtre : manifestations de tristesse, rituels de deuil et même quasi-enterrements.

Plus troublant : ils se mettent parfois à projeter sur le mort du sable et de la terre. Certains brisent même des branches et des feuilles de palmier qu’ils placent ensuite sur le corps, jusqu’à l’enterrer « complètement » (« Les animaux ont-ils un sens moral ? », Sciences et Avenir, n°139, Pierre Pfeffer et Isabelle Coannec).

Il y a certes une différence entre un deuil animal et un deuil humain. Cette différence se manifeste par une conscience religieuse de la mort : pour l’homme, la mort a un sens et représente un passage vers un au-delà, un repos éternel, ou bien encore autre chose (et même si un athée dira que la mort n’a pas de sens, la question se pose même pour lui). Cette conscience religieuse de la mort se traduit par une activité symbolique au cours des cérémonies d’adieu : cadeaux faits au défunt, cérémonies religieuses, rites codifiés. On dira que la conscience animale de la mort est d’abord une conscience affective, c’est-à-dire une émotion, tandis que la conscience humaine de la mort est d’abord une conscience cognitive.

C’est donc moins la découverte de la mort que la découverte du sens de la mort qui pourrait prétendre consituter une caractéristique du deuil humain. Mais, étant donnant sa complexité, cette découverte ne peut prétendre être première : découvrir que la mort a un sens et que l’existence peut perdurer dans un au-delà sous quelque forme que ce soit ne peut être qu’une découverte seconde, à savoir lorsque l’on a découvert la valeur de sa propre existence.

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