La preuve ontologique est-elle valide ?

mardi 3 septembre 2013, par theopedie

Dans sa forme la plus simple, la preuve ontologique s’énonce ainsi :

  1. Dieu est un être doté de toutes les perfections.
  2. Une perfection qui n’existe pas n’est pas parfaite.
  3. Donc, Dieu existe.

Cet argument n’est généralement pas considéré comme valide. Il existe en effet plusieurs contre-arguments :

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Argument de la caricature : cette preuve peut s’appliquer à toute sorte de chose. Gaudilon, un interlocuteur d’Anselme, remarque déjà au XIe siècle que, en réutilisant le même schéma argumentatif, on peut prouver l’existence d’une île d’une grandeur infinie.

  • Une réponse est toutefois possible : il n’est pas évident toutefois que ces caricatures puissent servir de démonstration. Elles semblent réposer sur une ambiguité du mot « grandeur » et « perfection ». Probablement, en précisant le champ d’application du terme perfection, ces caricatures pourraient être évitées.

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Confusion des ordres : La critique de Kant est souvent reprise comme étant définitive. À sa manière, elle a été reprise par Russell : elle revient à distinguer l’ordre de la pensée (le domaine conceptuel) et le domaine de la réalité (la réalité physique). L’existence est alors reléguée au domaine conceptuelle, ce que ces philosophes expriment par les slogans suivants : « l’existence n’est pas un prédicat réel » ou « l’existence n’est pas une propriété ». Quand bien même cette dernière thèse peut paraître sujette à caution, il n’est reste pas moins vrai qu’il ne faut pas confondre l’existence mentale d’un concept avec son instanciation en acte dans la réalité physique.

  • Une réponse toutefois possible : le concept de perfection absolu est un concept adéquat de Dieu. Or avoir un concept adéquat de Dieu dépasse les forces de la raison humaine. Son origine est donc surnaturelle (« sensus divinitatis »). Cette réponse déplace l’analyse logique vers une analyse psychologique.

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Le soleil dans sa pleine lumière
Oui, mais qui l’a déjà « vraiment » vu ?

Connaissance positive et négative : La meilleure critique reste encore celle de Thomas d’Aquin (XIIIe siècle). Voici ce qu’il répond : il concède que l’essence en Dieu implique son existence et que l’existence est une propriété. Donc, à avoir un concept adéquat de Dieu, nous aboutirions à son existence. Mais sur terre, continue Thomas d’Aquin, nous n’avons pas de concept positif de Dieu : Dieu est atteint par la raison naturelle au moyen d’un concept négatif qui, partant des choses concrètes, abstrait ce qu’il y a d’imperfection en elles, pour arriver à leur créateur. Or ce concept, s’il permet d’atteindre véritable Dieu par une connaissance négative ou « apophatique », reste un concept trop faible pour prouver l’existence de son objet :

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Le soleil pendant une éclipse
Une vision négative, mais possible du soleil. Mais est-il encore là ?

Une chose peut être évidente de deux façons : soit en elle-même, mais non pas pour nous ; soit à la fois en elle-même et pour nous. [...] Je dis donc que cette proposition : Dieu existe, est évidente de soi, car le prédicat y est identique au sujet ; Dieu, en effet, est son être même, comme on le verra plus loin. Mais comme nous ne connaissons pas l’essence de Dieu, cette proposition n’est pas évidente pour nous ; elle a besoin d’être démontrée par ce qui est mieux connu de nous, même si cela est, par nature, moins connu, à savoir par les œuvres de Dieu. Nous avons naturellement quelque connaissance générale et confuse de l’existence de Dieu, à savoir en tant que Dieu est la béatitude de l’homme ; car l’homme désire naturellement la béatitude, et ce que naturellement il désire, naturellement aussi il le connaît. Mais ce n’est pas là vraiment connaître que Dieu existe, pas plus que connaître que quelqu’un vient n’est connaître Pierre, même si c’est Pierre qui vient. (Ia 2,1)

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Qu’est-ce que la preuve ontologique ?
(Epistheo.com — Saison 3)
Alexis Masson

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