La plénitude de la chair est-elle requise pour le bonheur ?

jeudi 20 août 2015, par theopedie

En bref : Oui, car si le bonheur est la récompense de la vertu, conformément à ces paroles (Jn 13, 17) : « Vous serez heureux si vous faites cela. », Dieu promet aux saints comme récompense non seulement la vision et la jouissance qu’elle procure, mais aussi la santé du corps, selon ces paroles d’Isaïe (66, 14) : « A cette vue votre cœur sera dans la joie, et vos os reprendront vigueur comme l’herbe. »

Si nous parlons du bonheur de l’homme, tel qu’on peut l’obtenir dans la vie présente, il est évident que la santé corporelle y est nécessairement requise. En effet, ce bonheur consiste, selon Aristote, « dans l’activité de la vertu pleine et entière ». Or, il est évident que le mauvais état du corps peut empêcher la vertu de se manifester. Mais si nous parlons du bonheur dans sa plénitude, quelques-uns ont pensé que ce bonheur n’exigeait pas la santé corporelle, et même que le psychisme devait être entièrement dégagée de la chair. Aussi st. Augustin rapporte ces paroles de Porphyre : « Pour que le psychisme soit heureux, il faut fuir tout ce qui est corporel. » Mais cela est inadmissible. Car puisqu’il est dans la nature du psychisme d’être uni à une chair, il n’est pas possible que la plénitude du psychisme exclue ce qui est sa plénitude naturelle.

Voilà pourquoi il faut dire que pour un bonheur absolument plein et entier, une certaine plénitude corporelle est requise, à la fois comme préalable et comme corolaire. Comme condition préalable, car, dit st. Augustin, « si la chair est d’une gestion difficile et pénible, à la manière d’une chair qui se corrode et qui alourdit l’âme, l’esprit est détourné de la vision du ciel suprême ». Aussi conclut-il qu’« au temps où cette chair ne sera plus une chair animale, mais une chair spirituelle, le psychisme deviendra l’égal des anges et ce qui lui était un fardeau lui deviendra une gloire ».

A titre de corolaire également, la santé de la chair est une expression du bonheur ; car le bonheur du psychisme s’épanchera sur la chair de telle sorte que elle aussi jouisse de la plénitude qui est la sienne, ce qui fait dire à st. Augustin : « Dieu a fait le psychisme d’une nature si puissante, que la plénitude de sa béatitude fera rejaillir sur la nature inférieure une force immortelle. »

Objections et solutions :

1. On a établi plus haut que le bonheur ne consiste pas dans les perfections corporelles.

• Le bonheur n’a pas sa source dans une perfection corporelle ; mais la perfection corporelle peut néanmoins à la plénitude du déploiement du bonheur.

2. Le bonheur de l’homme consiste dans la vision de la nature divine, on l’a montré. Mais, à une telle activité, la chair ne sert de rien, comme nous l’avons dit. Donc aucune santé corporelle n’est requise au bonheur.

• Bien que la chair n’apporte rien à l’activité de l’esprit par laquelle on voit la nature divine, il pourrait néanmoins y faire obstacle. Et c’est pourquoi la plénitude de la chair est requise afin que cette chair ne s’oppose pas à l’ascension du psychisme.

3. Plus l’esprit est dégagé de la chair, plus est subtil. Or le bonheur consiste dans l’activité de l’esprit la plus subtile, pleine et entière possible qu’il soit. Il faut donc pour cela que le psychisme soit entièrement dégagé de son corps. Donc aucune santé corporelle n’est requise au bonheur.

• 3. Il est vrai que pour la pleine et entière activité de l’esprit, une certaine séparation d’avec la chair animale est requise puisqu’il appesantit le psychisme. Mais, à la résurrection, il en ira autrement de la chair spirituelle qui sera totalement soumise à l’esprit. Et de celui-ci nous traiterons dans la troisième Partie de cet ouvrage.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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