La pénitence laisse-t-elle subsister des restes de péché ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : On lit en S. Marc (8, 22) que l’aveugle guéri par le Seigneur a retrouvé d’abord une vue imparfaite qui lui fait dire : « je vois les hommes comme des arbres qui marchent » ; puis la vue parfaite : « En sorte qu’il voyait clairement toute chose. » Or la vue rendue à l’aveugle signifie la libération du pécheur. C’est donc qu’après le premier pardon de la faute, par lequel le pécheur est rendu à la vie spirituelle, il y a encore en lui des restes du péché passé.

 Explication :

Le péché mortel, en tant qu’il est une conversion désordonnée au bien qui passe, engendre dans l’âme une disposition spéciale ou même un habitus, s’il est fréquemment répété. Or, nous l’avons dit, c’est l’état d’aversion de l’âme envers Dieu qui est supprimé par la grâce dans la rémission du péché mortel. Mais cette disparition de l’état d’aversion n’empêche pas que puisse demeurer ce qui vient du désordre de la conversion au bien qui passe, puisque cette conversion peut exister indépendamment de l’aversion, comme nous l’avons dit à l’article précédent. Rien ne s’oppose donc à ce que les dispositions causées par les actes antérieurs, et appelées « restes du péché », demeurent après le pardon de la faute. Elles ne demeurent cependant qu’affaiblies et diminuées, de telle sorte qu’elles ne dominent plus l’homme. Elles n’agissent plus à la manière de véritables habitus, mais plutôt comme de simples dispositions, comme fait le foyer du péché qui reste après le baptême.

 Objections et réponses :

1. S. Augustin dit : « jamais le Seigneur n’a guéri quelqu’un sans le libérer complètement ; car il a guéri »l’homme tout entier« (Jn 7, 23), le jour du sabbat, libérant son corps de toute infirmité, et son âme de toute contagion du mal. » Or les restes du péché appartiennent à l’infirmité du péché. Il ne semble donc pas possible que ces restes demeurent, la faute étant remise.

  • Dieu guérit parfaitement l’homme tout entier, mais quelquefois subitement, ainsi qu’il l’a fait pour la belle-mère de S. Pierre, rétablie en si parfaite santé que, « s’étant levée, elle les servait » (Lc 4, 39) ; et d’autres fois par degrés, comme nous l’avons dit pour l’aveugle auquel il a rendu la vue. Ainsi en va-t-il dans l’ordre spirituel. Quelquefois l’ébranlement subi par le cœur de l’homme, dans sa conversion, est si puissant qu’il retrouve subitement une parfaite santé spirituelle. Non seulement la faute est remise, mais tous les restes du péché disparaissent, comme on le voit dans le cas de Madeleine. D’autres fois, au contraire, la faute est d’abord remise par la grâce opérante, puis la grâce coopérante fait disparaître peu à peu les restes du péché.

2. D’après Denys, « le bien est plus efficace que le mal, car le mal n’agit qu’en vertu du bien ». Or l’homme, en péchant, encourt toute l’infection du péché. A plus forte raison doit-il, en faisant pénitence, être libéré même de tous les restes du péché.

  • Le péché, lui aussi, ne cause parfois tout d’abord qu’une faible disposition, comme celle qui procède d’un seul acte, et d’autre fois une inclination plus forte, effet d’actes multipliés.

3. L’œuvre de Dieu est plus efficace que l’œuvre de l’homme. Or l’application de l’activité humaine à de bonnes actions fait disparaître les restes du péché qui leur est contraire. Donc, à plus forte raison, ces restes disparaîtront-ils avec le pardon de la faute, pardon qui est l’œuvre de Dieu.

  • Un seul acte humain ne suffit pas à faire disparaître tous les restes du péché, car, selon Aristote, « le dépravé ramené à de meilleures pratiques y progressera d’abord un peu et s’améliorera », mais c’est par la multiplication de ces pratiques qu’il en arrivera à être bon, de vertu acquise. Avec beaucoup plus d’efficacité, la grâce divine obtient le même résultat, soit par un seul acte, soit par plusieurs.

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,86,5)

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