La pénitence enlève-t-elle la faute en laissant subsister la dette de peine ?

mercredi 1er juillet 2015, par theopedie

En bref : David pécheur ayant dit à Nathan (2 S 12, 13-14) : « J’ai péché contre le Seigneur », Nathan lui répondit : « Le Seigneur t’a pardonné ton péché ; tu ne mourras pas, mais le fils qui t’est né mourra », et cette mort fut la peine du péché précédent, dit le même passage. Donc, il reste encore après la remise de la faute la dette d’une peine.

 Explication :

Ainsi qu’on l’a vu dans la deuxième Partie, il y a deux éléments dans le péché mortel : l’aversion loin du Dieu immuable, et la conversion désordonnée au bien qui passe. Du fait de son aversion loin du bien immuable, le péché mortel encourt une peine éternelle, en sorte que celui qui a péché contre le bien éternel doit être éternellement puni. Du fait de la conversion au bien qui passe, conversion désordonnée, le péché mérite aussi quelque peine. En effet, c’est seulement par la peine que le désordre de la faute est ramené à l’ordre de la justice.

Il est juste en effet que celui qui a permis à sa volonté plus de satisfaction qu’il ne devait, ait à souffrir quelque chose de contraire à sa volonté. C’est ainsi qu’il y aura égalité. D’où cette parole de l’Apocalypse (18, 7) : « Autant il s’est glorifié et a vécu dans les délices, autant devez-vous lui donner de tourments et de larmes. »

Cependant la conversion au bien qui passe étant d’ordre fini, le péché ne mérite pas, à ce titre, de peine éternelle, mais seulement une peine temporelle. De là vient que si la conversion au bien qui passe n’implique pas de mouvement d’aversion loin de Dieu, comme dans les péchés véniels, le péché ne mérite pas la peine éternelle, mais seulement une peine temporelle.

Quand donc, par la grâce, la faute est remise, l’état d’aversion de l’âme envers Dieu disparaît, en tant que l’âme est unie à Dieu par la grâce, et par conséquent la dette de peine éternelle disparaît en même temps ; mais il peut rester quelque dette de peine temporelles.

 Objections et réponses :

1. La cause étant supprimée, l’effet l’est aussi. Or la faute est la cause de la dette de peine, car si quelqu’un mérite une peine, c’est parce qu’il a commis une faute. Donc, une fois la faute remise, la dette de peine ne peut subsister.

  • La faute mortelle est constituée par ce double élément : une aversion envers Dieu, et une conversion au bien qui passe. Mais comme on l’a vu dans la deuxième Partie, l’aversion envers Dieu en est comme le principe formel, et la conversion au bien créé tient lieu de principe matériel. Or la suppression du principe formel d’une réalité lui enlève son caractère spécifique. Enlevez du composé humain ce qui le rend raisonnable, vous n’avez plus de réalité spécifiquement humaine. Voilà pourquoi l’on dit que la faute mortelle est remise du seul fait que la grâce enlève l’état d’aversion de l’esprit envers Dieu et la dette de peine éternelle ; mais il reste l’élément matériel du péché, l’état de conversion désordonnée au bien créé, pour laquelle le pécheur mérite une peine temporelle.

2. Selon l’Apôtre (Rm 5, 5), le don du Christ est plus efficace que le péché d’Adam. Mais en péchant, l’homme encourt à la fois la faute et la dette de peine. A plus forte raison le don de la grâce apportera-t-il à la fois la remise de la faute et de la dette de peine.

  • Ainsi qu’on l’a vu dans la deuxième Partie il appartient à la grâce d’être opérante dans l’homme, en tant qu’elle le justifie en le séparant du péché, et d’être coopérante au bon exercice de notre activité humaine. C’est donc à la grâce opérante qu’appartient la remise de la faute et de la dette de peine éternelle ; mais la remise de la dette temporelle appartient à la grâce coopérante en tant que l’homme, supportant patiemment ses peines avec le secours de la grâce divine, est aussi libéré de la dette temporelle. En conséquence, puisque l’effet de la grâce opérante précède celui de la grâce coopérante, la rémission de la faute et de la peine éternelle précède aussi la pleine absolution de la peine temporelle. L’un et l’autre effet ont pour cause la grâce, mais le premier dépend de la grâce seule, le second, de la grâce et du libre arbitre.

3. La rémission des péchés se fait dans la pénitence par la vertu de la Passion, selon S. Paul (Rm 3, 25) : « Dieu nous a proposé Jésus comme propitiateur par la foi que nous avons dans son sang pour la rémission des péchés d’autrefois. » Mais la passion du Christ a une valeur de satisfaction suffisante pour tous les péchés, on l’a dit précédemment. Il ne reste donc, après le pardon de la faute, aucune dette de peine.

  • La passion du Christ est par elle-même suffisante pour obtenir la rémission de toute la dette de peine, non seulement celle de la peine éternelle mais aussi celle de la peine temporelle. Dans la mesure où l’homme participe à la vertu de la passion du Christ, il reçoit aussi l’absolution de la dette de peine. Or, dans le baptême, l’homme entre en participation totale de la vertu de la passion du Christ, en tant que par l’eau et l’Esprit du Christ, il est mort avec le Christ au péché, et régénéré dans le Christ pour une vie nouvelle. C’est pourquoi dans le baptême l’homme obtient la rémission de toute la dette de peine. Dans la pénitence au contraire l’homme obtient le bénéfice de la vertu de la passion du Christ selon la mesure de ses actes propres, qui sont la matière de la pénitence, comme l’eau est la matière du baptême, nous l’avons dit. Voilà pourquoi toute la dette de peine n’est pas remise aussitôt par le premier acte de pénitence qui obtient remise de la faute, mais seulement quand tous les actes de pénitence sont accomplis.

P.-S.

(Article tiré de Saint Thomas III,86,4)

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