La pénitence doit-elle être proportionnelle aux péchés ?

mercredi 4 juin 2014, par theopedie

En bref : La pénitence doit correspondre autant que possible à la gravité et à la nature des péchés [Ordo Penitentiae, 18]. Cette règle doit être tempérée quant à son application et à sa pédagogie. Notamment, le prêtre doit apprécier les capacités et l’attrition du pénitent qui a valeur de pénitence en elle-même.

Ayant établi le fondement théologique de la pénitence sacramentelle - se conformer aux souffrances du Christ et exprimer ainsi notre affliction -, il convient maintenant de la décrire plus concrètement. La principale caractéristique concrète de la pénitence sacramentelle est sa proportionnalité : « elle doit correspondre autant que possible à la gravité et à la nature des péchés » [OP, 18]. De ce point de vue, il est difficile de justifier une pratique qui tendrait à remplacer la pénitence par une indulgence comme cela se fait parfois :

Mais comment sortir des sentiers battus ? L’expérience prouve combien il est difficile de prescrire à chacun une satisfaction adaptée La pénitence réduite a quelque prière courante serait en somme une ’indulgence’ qui devrait intensifier l’esprit de pénitence et l’animer en profondeur (P. Anciaux)

La différence est ici la suivante : tandis que dans la notion de pénitence prédomine la notion de proportionnalité, dans l’indulgence prédomine la notion de sous-proportionnalité. L’indulgence est certes légitime, mais dans son genre, et peut-être il y a-t-il ici une question à poser. Le Dictionnaire de spiritualité dit qu’il est « traditionnel de dire que [la pénitence] opère proportionnellement aux dispositions actuelles du sujet ». Autrement dit, pour le Dictionnaire de spiritualité, la proportion de la pénitence aurait un fondement d’abord subjectif dans les capacités du pénitent.

 De l’indulgence à la pénitence

À lire attentivement les textes magistériels, ceci semble devoir être nuancé ainsi : cette proportion de la pénitence à un fondement d’abord objectif dans la gravité et la nature du péché et ensuite subjectif dans les capacités du sujet [1].

Pour bien comprendre cette règle de proportionnalité, il convient de rappeler que nous avons exclue comme motif de la pénitence la punition en tant que telle et la souffrance en tant que telle : ce qui doit prédominer c’est dans la pénitence l’expression d’une affliction libre et sincère. Si cette affliction est sincère et libre, le pénitent cherchera sincèrement et librement à effacer les traces de son péchés. Il y a en effet des blessures qui peuvent demeurer et demeurent généralement après que la faute a été remise. Ces blessures peuvent avoir affecté autrui et nous-mêmes. Une pénitence proportionnée vise donc d’abord, et pour autant que faire se peut, à « réparer les dommages causés » [OP, 6] et à effacer les blessures que notre péché a infligé à autrui : « Beaucoup de péchés causent du tort au prochain. Il faut faire le possible pour le réparer (par exemple restituer des choses volées, rétablir la réputation de celui qui a été calomnié, compenser des blessures). La simple justice exige cela » [CEC, 1459]. Ne pas respecter la proportionnalité, de ce point de vue, ce n’est pas satisfaire aux exigences de la justice la plus humaine qui soit. Il y a ensuite les blessures de notre âme : les mauvaises inclinations et les mauvais vouloirs qui demeurent après le péché. Or, pour l’ Ordo Penitentiae, une pénitence qui ferait place à une pratique proportionnée en matière d’aumônes, d’ascèse et de prières peut obtenir une puissance thérapeutique [OP, 18].

 De la pénitence à l’indulgence

Il n’en reste pas moins que, si la proportionnalité de la pénitence a d’abord un fondement dans la nature et la gravité du péché, elle doit en avoir un aussi dans la constitution psychologique, physique et spirituelle du pénitent. Si une telle constitution fait défaut, alors la pénitence pourra faire l’objet d’une indulgence, c’est-a-dire devenir une pénitence sous-proportionnée [William, chap. 3,3]. En effet, il y a parfois des occasions où, même en ce qui concerne des péchés graves, le pénitent peut être dans l’impossibilité de faire une pénitence adaptée car son état demande une plus grande considération (maladie psychique, peines déjà données, fin de vie, etc). Une règle similaire peut s’appliquer quand la pénitence ne peut être faite sans causer un grave scandale, ou mettre en danger le secret de la confession. De même, si le pénitent estime que la pénitence que le prêtre lui a imposée est trop sévère pour lui et qu’il ne peut l’accomplir, il lui est loisible de se représenter devant le prêtre pour lui expliquer les circonstances particulières dans lesquelles il se trouve. De même, pour un pénitent scrupuleux, ou pour un pénitent qui fait preuve d’une repentance presque parfaite, la pénitence sera allégée. Aussi, on voit que cette règle de la proportionnalité n’est pas un absolu, même si elle a un fondement objectif : la pénitence doit être pédagogique, convenir à l’état du pénitent et il doit pouvoir raisonnablement l’accomplir. Elle doit être salutaire pour lui et il doit une y avoir une bonne probabilité que celle-ci l’aide à avancer dans le chemin de la vie spirituelle.

 Péché véniel et péché mortel

Le confesseur a en soi le devoir grave d’imposer une pénitence. Ce devoir admet cependant une légèreté de matière, si bien que le confesseur ne pèche que légèrement lorsque, pour des péchés véniels, il n’impose aucune pénitence.

Notes

[1Il est vrai qu’il faut ici encore faire une distinction entre péchés graves et péchés véniels : pour certains théologiens, le prêtre n’est pas obligé d’imposer une pénitence pour les péchés véniels, dont d’ailleurs la confession n’est pas exigée mais simplement recommandée. Aussi cette proportionnalité vaut d’abord (uniquement) pour les péchés graves.

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