La messe (eucharistie) était-elle préfigurée dans l’Ancien Testament ?

lundi 17 novembre 2014, par theopedie

En bref : L’eucharistie comme sacrement et comme sacrifice a été préfigurée de nombreuses manières dans l’Ancien Testament. Parmi ces allusions, citons : le sacrifice de Melchisédek, la Pâque juive, la manne que les juifs ont mangée dans le désert, la prophétie sacrificielle de Malachie.

 Le sacrifice de Melchisédek

Dans Genèse 14, 18-20, Abraham rencontre Melchisédek. La Bible le décrit comme étant à la fois prêtre et roi, selon la coutume phénicienne. Celui-ci donna à Abraham, en signe de bénédiction, du pain et du vin. S’il ne s’agissait pas ici d’un contexte sacrificiel, la solennité de cette bénédiction deviendrait incompréhensible. D’autant plus que, présenté par la Bible comme étant prêtre, Melchisédek agit a priori de manière sacerdotale.

L’identification de Melchisédek à la figure à venir du Messie-Prêtre fut introduite par le roi David, écrivant dans le psaume 110 sous l’inspiration de l’Esprit : « Tu es prêtre à jamais, selon l’ordre du roi Melchisédek ».

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Abraham rencontre Mélchisedek
  • C’est que, explique l’épître aux Hébreux (Hébreux 7), Melchisédek, roi de Salem, selon l’étymologie de son nom (« roi de justice ») et celui de la ville qu’il gouverne (« ville de la paix »), passait pour être roi par excellence de la justice et de la paix.
  • De plus, comme personne ne connaissait sa généalogie, on l’avait considéré comme un prêtre sans commencement ni fin.
  • Enfin, de ce qu’Abraham et, dans sa personne, le sacrifice lévitique « selon l’ordre d’Aaron », s’était incliné devant lui, on avait été amené à regarder le sacerdoce de Mélchisedek comme lui étant supérieur.

Ces titres se retrouvent tous dans la figure du Messie-Prêtre qui, dès lors, était appelé à réaliser ce que la figure de Melchisédek laissait entendre. Il était donc attendu que le Messie, pour offrande parfaite, reprenne le geste de Melchisédek offrant du pain et du vin.

Pessa’h ou la Pâque juive ?

 La pâque juive

La pâque juive est l’événement central de l’histoire juive (cf. Exode 12). C’est d’ailleurs au cours de la commémoration de cet événement que Jésus institua la première messe (Marc 14, 12-16), donnant à cet événement sa véritable signification.

  • Au cours de la pâque, un agneau devait être mis à mort (Exode 12, 3). Cet agneau sera plus tard identifié avec Jésus, innocente victime (Jean 1, 29).
  • Au cours du repas pascal, il fallait manger du pain non levé (Exode 12, 18) et du vin. On les retrouve tels quels dans l’hostie et le calice de vin (Matthieu 26, 26-27).
  • Le repas pascal est une commémoration (Exode 12, 14) ; la messe aussi (Luc 22, 19).
  • La pâque (« Pessah » en Hébreu) signifie « passage ». Lors de la cène, Jésus développe ce thème du passage pour lui donner sa véritable signification : le passage vers le Père (Jean 13, 1).
  • La pâque commémore une alliance entre Dieu et son peuple et la messe commémore la nouvelle alliance (Matthieu 26, 26-27).
  • La pâque célèbre la libération du peuple et la sortie de l’esclavage (Exode 12, 17) et la messe célèbre la victoire sur le mal et sur la mort (Matthieu 26, 29).
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La manne dans le désert
Enluminure

 La manne

Dans le désert, les juifs sauvés par Dieu et par la main de Moïse se mettent à récriminer contre Dieu parce qu’ils ont faim. Pour contenter leur faim, Dieu leur envoie la « manne » (Exode 16, 13-16), qualifiée par ailleurs de« pain céleste » par le psalmiste. Or, dans le Nouveau Testament, saint Jean compare la manne et l’eucharistie, tout en soulignant l’excellence de l’eucharistie sur la manne (Jean 6, 32-35). Le pain de vie est la véritable manne, celle qui donne la vie éternelle, et ce pain de vie est le chair du Christ. Jean poursuit ce parallélisme en rappelant comment, lors du discours sur le pain de vie, les disciples murmurèrent contre Jésus (Jean 6, 35) : ils furent en cela les lointains successeurs de leurs ancêtres rebelles au désert.

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 La prophétie de Malachie

Malachie (Malachie 1, 6-14) clôt la série des prophètes par l’évocation d’un sacrifice non sanglant - une « oblation » - à venir et qui sera parfaite : « Mon nom est grand parmi les nations et l’on offre en tout lieu à mon nom de l’encens et une oblation pure ».

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Le prophète Malachie
annonçant l’eucharistie
Fresque de Viterbe

Certains ont vu dans la prophétie de Malachie l’évocation du sacrifice des païens idolâtriques ou le sacrifice des juifs de la Diaspora, sacrifice qui plairait davantage à Dieu que celui des juifs à Jérusalem. Mais ces deux interprétations paraissent problématiques (l’idolâtrie est une impureté qui ne saurait plaire à Dieu et le sacrifice de juifs de la Diaspora n’est pas attesté, et certainement pas de manière universelle) et bien fragiles pour quiconque veut rendre compte de la ferveur prophétique de Malachie. Le prophète met volontiers le présent et l’avenir sur le même plan et il n’y a pas à s’étonner qu’une prophétie puisse être écrite au présent : lorsqu’ils veulent veut faire la critique d’une institution, les prophètes l’opposent facilement à une institution présentée comme si elle était déjà réalisée, mais qui la plupart du temps n’existe qu’en espérance.

Ce qui est annoncé dans cette prophétie est donc un culte universel glorifiant la majesté de Dieu sur toute la terre au moyen d’une oblation parfaite.

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