La liberté souhaite-t-elle spontanément certaines choses ?

lundi 21 septembre 2015, par theopedie

En bref : Nos souhaits procèdent de notre liberté en fonction de notre pensée ; or, notre intelligence pense spontanément certaines choses. Donc la liberté aussi souhaite spontanément certaines choses.

Le mot spontané a plusieurs sens. Tantôt il qualifie le principe intrinsèque de mouvement des réalités, et le terme de spontanéité désigne alors le fait de ce principe. Tantôt le mot spontané signifie ce qui agréé à un être selon sa manière d’exister et qui inhère par soi à cet être. Or, tout ce qui n’existe pas de soi se ramène à quelque chose qui existe par soi et qui est comme son principe. Et c’est pourquoi, si le terme spontané est pris en ce sens, c’est le principe de ce qui agréé à une chose selon sa manière d’exister qui doit être qualifié de spontané.

C’est ce qui apparaît clairement en ce qui concerne l’esprit : ce sont les principes de la connaissance intellectuelle qui sont dits être spontanément pensés. De la même manière, c’est le principe de tous nos souhaits qui être spontanément souhaité. Et telle est précisément la perfection, prise d’un point de vue général, et vers laquelle est spontanément orientée la liberté, de même que toute faculté est naturellement orientée vers son objectif propre. Ainsi, le rôle que joue l’optimum ultime dans les êtres doués d’une aspiration propre est semblable au rôle que jouent les axiomes ultimes dans les principes de nos démonstrations.

Et on peut en dire autant, sans exception, de tout ce qui agréé spontanément à un être qui a des souhaits. En effet, notre liberté ne nous sert pas seulement à aspirer à tout ce qui touche à cette faculté qu’est la liberté, mais aussi à tout ce qui touche chacune de nos facultés psychiques, et plus loin, à tout ce qui relève de notre humanité. C’est pourquoi l’homme souhaite spontanément non seulement ce qui relève de l’objectif propre de sa liberté, mais aussi tout ce qui agréé à ses autres facultés, comme par exemple la connaissance de la vérité, laquelle agréé à notre esprit ; exister, vivre, etc. car cela relève de notre constitution naturelle. Tout cela appartient à l’objectif de notre liberté à titre de perfections particulières.

Objections et solutions :

1. L’action spontanée est le contraire de l’action libre, d’après Aristote. Donc la liberté n’est pas mue spontanément vers quelque réalité.

• L’opposition entre liberté et spontanéité est celle d’une cause avec une autre. Car certaines faits sont spontanés, et d’autres libres. Et le mode de causalité propre à la liberté, qui choisit ses souhaits, est autre que celui de la spontanéité qui est déterminé par avance à un unique objectif. Mais parce que la liberté a son fondement dans une réalité naturelle, il est nécessaire que le mouvement spontanée, propre à la condition naturelle, soit assumé d’une certaine manière par la liberté, mais pour en être anobli, comme ce qui est d’une cause plus élevée assume les causes d’ordre inférieur. Dans chaque réalité en effet l’existence naturelle est antérieure à l’existence libre. Voilà pourquoi la liberté souhaite spontanément quelque réalité.

2. Ce qui est spontané à une réalité lui est toujours inhérent, ainsi une force de gravitation dans un corps pesant. Mais aucun mouvement n’est toujours inhérent à la liberté ; donc aucun mouvement ne lui est spontané.

• Dans les choses naturelles, ce qui est spontané en conséquence de la structure seule est toujours présent de fait, comme le magnétisme dans un minerai dont la structure est magnétisée. Mais, contre-exemple, ce qui est spontané à cause de sous-structures n’existe pas toujours de fait, mais parfois seulement de manière potentielle. En effet, la structure, c’est le fait, et la sous-structure la potentialité. Or, le mouvement est toujours « le fait de ce qui existait de manière potentielle ». C’est pourquoi ce qui change ou fait suite au changement n’inhère pas toujours de fait dans une chose. C’est ainsi qu’un minerai magnétisé peut changer de poids et de forme. De même, il n’est pas nécessaire que la liberté, qui passe sans cesse de la potentialité au fait souhaite toujours de fait, mais seulement lorsqu’elle est dans une disposition déterminée. Mais la liberté de Dieu, fait absolu, possède toujours le même souhait de fait.

3. La nature est de soi déterminée de façon unique, alors que la liberté peut potentiellement se porter à plusieurs choix. Donc la liberté ne souhaite rien de manière spontanée.

• Un être naturel possède toujours une unité, mais une unité proportionnée à son être. Ainsi, à une nature générique, correspond une unité générique ; à une nature plus restreinte correspond une unité plus restreinte et à une nature individuelle une unité particulière. Donc, puisque la liberté est, comme l’intelligence, une faculté spirituelle, il lui correspond naturellement une unité spirituelle : la perfection en général pour la liberté, et le vrai en général pour l’intelligence. Mais la perfection considérée en général comprend une foule de perfections particulières, vis-à-vis desquels la liberté n’est pas déterminée.

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