Souhaite-t-on à la fois l’idéal et ses moyens ?

lundi 14 septembre 2015, par theopedie

Puisque l’idéal est souhaité pour lui-même et que les moyens, considérés comme tels, ne sont souhaités qu’à cause de lui, il est clair que la liberté peut souhaiter un idéal en tant que tel sans souhaiter les moyens ; mais elle ne peut souhaiter les moyens en tant que tels sans souhaiter l’idéal qui leur correspond.

Ainsi y a-t-il pour cette faculté deux façons de souhaiter un idéal :
1° Absolument, pour lui-même.
2° En en souhaitant aussi les moyens.

Il est donc manifeste que par la liberté souhaite simultanément un idéal et ses moyens lorsqu’elle souhaite des moyens ; mais c’est par un autre type d’activité qu’elle souhaite l’idéal de façon absolue. Et parfois cette activité est première psychologiquement ; ainsi on souhaite d’abord la guérison, puis, en se demandant comment elle peut être obtenue, on se décide à faire venir le médecin pour être guéri. C’est ce qui arrive pour la compréhension : on saisit d’abord les principes en eux-mêmes, puis dans un second temps on les appréhende dans les conclusions, pour autant qu’on approuve celles-ci à cause des principes.

Objections et solutions :

1. « Là où une réalité existe en vue d’une autre, dit Aristote, il n’y en a qu’une seule. » Or, la liberté ne souhaite les moyens qu’en vue de l’idéal. C’est donc par un même activité que la liberté se porte vers les deux.

• Cette objection est valable seulement en tant que la liberté souhaite l’idéal lorsqu’elle souhaite des moyens.

2. L’idéal est la raison qui nous fait souhaiter des moyens, comme la lumière nous fait voir les couleurs. Or il n’y a qu’une seule activité qui nous fait voir la lumière et les couleurs. Donc c’est par un même mouvement de liberté que l’on souhaite l’idéal et les moyens.

• Chaque fois que l’on voit une couleur, par exemple le rouge, on voit par la même activité la lumière ; cependant on peut voir la lumière sans voir de couleur rouge. De même, chaque fois que l’on souhaite des moyens, on souhaite l’idéal par la même activité, l’inverse n’étant pas vrai.

3. Un mouvement naturel qui tend vers son terme en passant par des étapes intermédiaires demeure numériquement le même. Or les moyens sont à l’idéal comme des intermédiaires par rapport au terme. C’est donc dans un même mouvement que la liberté souahite l’idéal et les moyens.

• Dans l’exécution d’une oeuvre, les moyens se comportent bien comme des intermédiaires et l’idéal comme un terme, de sorte qu’il arrive qu’on mette en oeuvre des moyens sans atteindre l’idéal, comme lorsqu’on s’arrête en cours de chemin sans aller jusqu’au bout. Mais dans l’ordre du souhait, c’est l’inverse qui se produit, car c’est par l’idéal que la liberté se porte à souhaiter les moyens, comme l’intelligence parvient à la conclusion par les principes, qui sont alors appelés des moyens. Et de même que l’intelligence peut comprendre ces moyens sans comprendre la conclusion, ainsi la liberté peut souhaiter l’idéal sans aller jusqu’à souhaiter les moyens.

4. Les activités se différencient selon leurs objets ; or l’idéal et les moyens, qui sont dits « utiles », sont des perfections d’ordres différentes. Donc la liberté ne peut les atteindre à la fois par un même activité.

• L’utile et l’honnête ne sont pas des espèces distinctes mais à égalité, étant entre eux dans le rapport de l’absolu et du relatif. C’est pourquoi l’activité de liberté peut se porter sur l’un des deux sans aller vers l’autre ; l’inverse toutefois n’est pas vrai.

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