La liberté est-elle influencée par notre sensibilité ?

mercredi 16 septembre 2015, par theopedie

En bref : Selon st. Jacques (1, 14) « Chacun est tenté par son propre désir, qui l’attire et le séduit. » Or cela ne pourrait pas se faire si la sensibilité, siège du désir, n’entraînait pas la liberté. Donc la sensibilité influence notre liberté.

Nous avons établi que tout ce qui peut être perçu comme parfait et bon influence notre liberté puisqu’ils sont l’objectif de notre liberté. Or, qu’une réalité soit perçue de cette manière peut tenir à deux causes : en fonction de ce qui est proposé, et en fonction de celui à qui cette réalité est proposée. Être bon implique en effet une relation et, à ce titre, dépend des deux termes. Ainsi le goût, selon la constitution des personnes, ne perçoit pas de la même manière une réalité comme étant bonne ou mauvaise. C’est ce qui faisait dire à Aristote que « chacun juge de l’idéal suivant ce qu’il est lui-même ».

Or il est évident que la constitution d’un homme est modifiée selon la manière qu’a sa sensibilité de réagir. Un homme, en train de réagir, juge ainsi qu’une réalité lui convient, alors qu’il penserait autrement s’il n’était pas en train de réagir. Ainsi ce qui semble parfait à l’homme en colère ne le semble pas à l’homme tranquille. C’est de cette façon que, selon la manière de percevoir un objectif, notre sensibilité influence notre liberté.

Objections et solutions :

1. St. Augustin affirme que « le principe influent et celui qui agit sont supérieurs à celui qui réagit ». Or la sensibilité est inférieure à la liberté, car l’une est une aspiration charnelle, l’autre est une aspiration intellectuelle, et le sens est inférieur à l’esprit. La sensibilité n’influence donc pas la liberté.

• Rien n’interdit que ce qui, de soi et absolument parlant, est supérieur, ne soit inférieur, selon un certain point de vue. Ainsi, considérée de façon absolue, la liberté prévaut sur la sensibilité, mais chez l’homme dominé par la passion, c’est sa sensibilité qui a le dessus.

2. Aucune qualité particulière ne peut produire d’effet universel. Or la sensibilité est une qualité particulière, car elle procède des qualités particulières que nos sens perçoivent. Elle ne peut donc influencée notre liberté, laquelle est universelle et procède de ce que notre esprit perçoit de manière universelle.

• Les activités et les choix des hommes concernent des réalités singulières. Étant une faculté portant sur le singulier, la sensibilité a donc une efficacité toute spéciale pour influencer les hommes dans leurs jugements sur de telles ou telles réalités.

3. Aristote a démontré qu’un principe influent n’est pas influencé par celui qu’il influence, sinon l’influence serait circulaire. Or, la liberté influence la sensibilité en tant que celle-ci est soumise à la conscience. La sensibilité n’influence donc pas la liberté.

• La conscience, qui englobe la liberté, remarque Aristote, influence par son commandement notre impulsivité et notre affectivité, non « de façon despotique » comme l’esclave est mû par son maître, mais « selon un pouvoir royal et politique », à la manière dont les hommes libres sont conduits par leur gouvernant, tout en gardant la faculté d’agir. De là vient que notre impulsivité et notre affectivité ont une influence qui peut être contraire à la liberté. Et ainsi rien n’empêche que la liberté soit parfois influencée par elles.

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