La liberté est-elle influencée par le désir de manière nécessaire ?

mercredi 23 septembre 2015, par theopedie

En bref : On lit dans la Genèse (4, 7) : « Ton désir sera sous toi et tu le domineras. » Donc la liberté de l’homme n’est pas nécessairement influencée par le désir.

On l’a dit plus haut, nos émotions agissent sur notre liberté dans la mesure où cette faculté psychique est influencée par un objectif. En effet, l’homme en proie à ses émotions peut juger une même réalité bonne ou mauvaise, alors qu’il en jugerait autrement s’il était impassible. Ce changement dans notre façon de juger qu’entraînent nos émotions peut être double.

Il peut arriver que la conscience soit totalement court-circuitée, au point qu’on n’en ait plus l’usage, comme cela se produit chez ceux qui, par suite d’une colère ou de pulsions violentes, deviennent furieux ou fous. De telles passions en effet sont toujours accompagnées de transformations physiques. Et ceux qui sont dans cet état doivent être assimilés aux animaux sans raison qui suivent fatalement leurs pulsions ; en effet on ne trouve en eux aucune trace de conscience, ni par conséquent de liberté.

D’autres fois la conscience n’est pas totalement absorbée par la passion et conserve une certaine liberté de jugement. En ce cas il subsiste encore quelque chose de notre liberté. Donc, dans la mesure où la conscience demeure libre et non soumise à la passion, ce qui subsiste de notre liberté n’obéit pas de façon nécessaire à nos émotions.

Ainsi, ou bien il n’y a en l’homme plus aucune liberté, et les émotions seules dominent ; ou bien, s’il y a encore quelque liberté, il ne suivra pas nécessairement ses émotions.

Objections et solutions :

1. St. Paul dit aux Romains (7, 9) : « je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je hais. » Il dit cela à propos de la pulsion qui est une émotion. Donc la liberté est nécessairement influencée par ses émotions.

• La liberté ne peut empêcher les pulsions dont l’Apôtre dit (Rm 7, 19) « Le mal que je hais, je le fais », c’est-à-dire je le désire. Cependant la liberté peut ne pas souhaiter convoiter, ou ne pas consentir à la pulsion. Et ainsi la liberté de l’homme n’est pas nécessairement influencée par le désir.

2. Comme dit Aristote : « un idéal apparaît à chacun selon ce qu’il est. » Mais il n’est pas au pouvoir de la liberté de rejeter immédiatement une émotion, et donc de ne pas souhaiter l’objectif vers lequel cette émotion l’incline.

• Il y a en nous deux conditions, l’une est spirituelle, l’autre est charnelle. De ce fait, il y a unité psychique quand la partie charnelle se trouve que parfaitement soumise à la conscience comme c’est le cas chez les hommes de valeur ou bien quand, au contraire, la conscience est totalement absorbée par l’émotion comme chez les brutes. Mais parfois, même si la conscience est obnubilée par l’émotion, on conserve encore une certaine liberté d’esprit. Dans cet état on peut, ou bien repousser totalement l’émotion ; ou tout au moins se retenir pour ne pas la suivre. Dans ce cas, l’homme connait un conflit psychique et juge différemment selon la conscience et selon l’émotion.

3. Une cause universelle ne s’applique à un effet particulier que par l’intermédiaire d’une cause particulière ; ainsi la conscience, faculté capable de l’universel, n’a-t-elle d’influence que par l’intermédiaire de la sensation selon Aristote. Mais ce rapport entre la conscience et la sensation se retrouve entre la liberté et la sensibilité. Donc la liberté ne souhaite une perfection particulière que par l’intermédiaire de la sensibilité. Donc, si celle-ci est orientée en un certain sens par une émotion, la liberté ne pourra se mouvoir en sens contraire.

• La liberté n’est pas influencée seulement par la perfection universelle que la conscience perçoit, mais encore par la perfection particulière que la sensation perçoit. C’est pourquoi elle peut être portée vers une perfection particulière sans qu’il y ait pour autant une quelconque émotion dans notre sensibilité et dans notre désir. Il y a en effet beaucoup de choses que nous souhaitons et que nous faisons sans émotion et par seul choix, comme on le voit surtout chez les hommes en qui la conscience résiste à l’émotion.

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