La liberté est-elle fondamentalement influencée par un principe extrinsèque ?

vendredi 18 septembre 2015, par theopedie

En bref : La liberté, nous l’avons dit, est influencée par son objectif ; or celui-ci peut être une réalité extérieure offerte aux sens ; donc la liberté peut être influencée par un principe extrinsèque.

Dans la mesure où elle est influencée par son objectif, la liberté est manifestement influencée par un principe extrinsèque. Mais, même à considérer ce qui la provoque à agir, il est encore nécessaire d’admettre l’influence d’un principe extrinsèque.

En effet, tout ce qui agit tantôt de fait, tantôt de manière potentielle, a besoin d’un principe qui l’influence à agir. Or il est évident que la liberté émet de nouveaux souhaits, puisque auparavant elle ne les souhaitait pas. Il est donc nécessaire que quelque réalité l’influence dans ses souhaits. A vrai dire, comme nous venons du montrer, elle-même est sa propre influence car, en souhaitant un idéal, elle se détermine à souhaiter aussi les moyens qui y mènent. Mais elle ne peut le faire que par l’intermédiaire d’un discernement. Par exemple, si quelqu’un souhaite guérir, il se met à discerner la manière d’être guéri, et il en vient à penser que ce sera par les soins d’un médecin, et c’est ce qu’il se met à souhaiter. Mais parce qu’il n’a pas toujours souhaité guérir, il a fallu qu’il ait commencé souhaiter guérir, et il avait besoin pour cela d’une influence. Et dans le cas où la liberté eût été elle-même cause de cette influence, ce n’aurait pu être que via un discernement, lequel supposerait lui-même une liberté antérieure. Or, remonter ainsi à l’infini n’aurait aucun sens. Aussi est-il nécessaire de supposer que, en ce qui concerne le premier mouvement de la liberté, celle-ci subit l’influence d’un facteur extrinsèque, ce qui est la conclusion d’Aristote.

Objections et solutions :

1. Le mouvement de la liberté est libre ; or il appartient à ce qui est libre comme à ce qui est naturel de procéder d’un principe intrinsèque ; la liberté ne peut donc être influencée du dehors.

• Il appartient à la notion même de liberté que le principe en soit intrinsèque ; mais ce principe intrinsèque n’est pas obligatoirement un principe fondamental qui ne subit aucune influence. Aussi le mouvement libre peut bien avoir un principe immédiat intrinsèque, son principe fondamental est cependant extrinsèque. Il en est comme du mouvement naturel dont le principe fondamental est extrinsèque.

2. Nous avons vu que la liberté ne peut être contrainte par la violence ; or justement « ce dont le principe est au-dehors » est violent. Donc la liberté ne peut être influencée par un facteur extrinsèque.

• Il ne suffit pas, pour qu’on puisse parler de violence, que le facteur soit extrinsèque, mais il faut ajouter cette condition : « que celui qui la subit n’y prête en rien son concours ». Cela n’arrive pas à la liberté lorsqu’elle est influencée par un facteur extrinsèque, car c’est bien elle qui souhaite, tout en étant influencée par un autre. Une telle influence serait violente si elle était contraire au mouvement de la liberté. Cela ne peut exister dans ce cas, car alors liberté aurait en même temps un souhait et ne l’aurait pas.

3. Ce qui est suffisamment influencé par un seul facteur n’a pas besoin d’être influencé par un autre facteur. Or la liberté suffit à s’influencer elle-même. Elle n’est donc pas influencée de l’extérieur.

• La liberté suffit à s’influencer elle-même pour une certain idéal et à s’y orienter, mais elle ne peut s’influencer elle-même sous tous les rapports, comme on l’a montré. Elle a donc besoin d’être influencée de manière fondamentale par un facteur extrinsèque.

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