La jouissance est-elle une condition du bonheur ?

samedi 15 août 2015, par theopedie

En bref : St. Augustin nous dit : « Le bonheur est la joie de la vérité. »

Une chose peut être une caractéristique de quatre manières :

1° Comme préliminaire : ainsi de l’étude et de la science.

2° Comme achèvement et plénitude : ainsi de l’esprit et de la vie de la chair.

3° Comme aide ou adjuvant extérieur : ainsi du concours des amis et de certains travaux.

4° Comme propriété : ainsi de la chaleur et du feu.

C’est ainsi que la jouissance est une propriété du bonheur. En effet, la jouissance provient de ce que notre aspiration et notre désir trouvent leur équilibre et leur repos dans la perfection qu’elles ont atteinte. Et comme il n’est pas autre chose que l’obtention de la perfection souveraine, le bonheur ne saurait exister sans cette jouissance qui lui propre.

Objections et solutions :

1. St. Augustin écrit (in I de Trin.) : « La vision [de Dieu] est l’entière récompense de la foi. » Or la récompense ou le salaire de la vertu, c’est le bonheur, dit Aristote. Donc rien d’autre n’est requis pour le bonheur si ce n’est la seule vision.

• Une liberté épanouie trouve son équilibre et son repos dans le simple fait que le salaire est attribué à qui le mérite, et cela lui est une jouissance. Ainsi la jouissance est incluse dans la logique même du salaire mérité.

2. « Le bonheur est une plénitude se suffisant à elle-même », dit Aristote (in I Ethic.). Or ce qui a besoin d’autre chose ne se suffit pas à soi-même. Donc, puisque l’essence du bonheur consiste dans la vision de Dieu, ainsi que nous l’avons montré, il semble que la jouissance ne soit une condition du bonheur.

• La vision divine est principe de jouissance, et celui qui voit Dieu ne peut donc pas être privé du plaisir dont sa vue procure.

3. Aristote dit (in VII Ethic.) encore que « l’activité dans laquelle consiste la béatitude ou bonheur doit être libre de toute entrave ». Or la jouissance entrave l’action de l’esprit, puisqu’elle « corrode notre sagesse pratique », selon Aristote. Donc la jouissance n’est pas une condition du bonheur.

• La jouissance qui accompagne l’activité de l’esprit non seulement ne l’entrave pas, mais la renforce, aux dires mêmes d’Aristote. En effet, ce que nous faisons avec plaisir, nous le faisons d’autant plus d’attention et de persévérance. C’est lorsque la jouissance est étrangère à une activité qu’elle l’entrave parfois parce qu’elle distrait notre attention, puisque, nous venons du dire, nous nous intéressons davantage à ce qui nous plaît ; et tandis que nous nous intéressons passionnément à cela, notre attention se détourne nécessairement du reste. Parfois même, la jouissance est opposée à l’activité de notre raison, et même alors elle corrode davantage notre sagesse pratique que notre sagesse spéculative.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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