La foi naît-elle d’un combat existentiel ?

jeudi 7 novembre 2013, par theopedie

Le premier mouvement de la foi, que cette foi soit proprement religieuse ou terrestre, est le refus du monde présent, que l’on juge inapte à combler son attente. Croire, c’est affirmer un avenir meilleur, c’est un projet qui vaut la peine et dont on souhaite la réalisation. Ceci suppose que le présent soit insatisfaisant, qu’il ne réponde ni aux besoins, ni aux aspirations que la vie porte inscrite dans son élan le plus profond. Il est vrai que tous ne ressentent pas aussi vivement cette contradiction entre ce que le monde devrait offrir et ce qu’il offre de fait. Sa perception sera d’autant plus bouleversante que plus haute sera la qualité spirituelle de l’être qui s’y heurte. On pourrait à cet égard ramener à trois grands types les diverses prises de position possibles des hommes en face de l’existence.

Repus et satisfaits
Une révolte violence mais stérile
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Les repus

Ce sont ceux que la vie a suffisamment favorisés pour qu’ils puissent mettre de côté leurs interrogations quant au monde dans lequel ils vivent. Ils ne mettent pas forcément en cause la signification d’un monde dont seules la possession et la jouissance les intéressent. Réalistes et cyniques, les repus ne sont candidats à aucune foi ; sur eux tombent le mépris des hommes aussi bien que les malédictions de l’Évangile.

Les révoltés

Ce sont ceux qui sont à ce point déçus par le monde qu’ils en viennent à le nier, à le déclarer absurde et à entreprendre le procès de son Créateur. Cette attitude suppose que l’on a abordé le monde avec une faim et une soif de justice, d’ordre, de plénitude, d’intégrité, auxquels il n’a pas répondu. Le malheur de la conscience et la révolte qui l’exprime révèlent la grandeur d’un esprit qui, fait pour l’absolu, pour la lumière, préfère défier le monde plutôt que de se résigner à sa médiocrité.

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De la révolte à une foi politique
tanguy35400

Cette résignation serait trahison d’un idéal intérieur. La révolte atteste la vocation de l’esprit et sa force, mais aurait dit Pascal, jusqu’à un certain point seulement. Elle demeure, en effet, stérile, si elle ne cherche pas à affirmer de manière constructive l’idéal qu’elle porte en son sein. Cette affirmation contient déjà une foi et une raison de vivre : si le révolté ne franchit ce dernier pas, alors que sa révolte le prend au sein de l’obscurité existentielle, sa révolte devient cynique, désabusement et désenchantement. Il y a une manière de se repaître de sa révolte comme il y a une manière de se repaître du sens du monde. Tous deux sont les satisfaits dont il est dit « Malheur à vous ».

De la révolte à la foi
Jean le Baptiste
theopedie

Les prophètes

En adoptant une attitude constructive et en cherchant à mettre sa révolte au service de son idéal, le révolté devient un croyant et atteint le sommet de sa propre démarche existentielle. Le surgissement de la foi coïncide avec ce dépassement. Ces deux temps, le moment négatif de la révolte et le moment positif de la foi, sont corrélatifs : on a la foi de ses révoltes. Bienheureux les pauvres en esprit, et le désespoir, la révolte sont - sans doute - une des formes la plus extrême de la descente dans les abîmes de la déréliction spirituelle, car le royaume des cieux est à eux. Qui oserait croire en la vie éternelle si, après avoir regardé la mort face à face, il ne l’avait refusée ?

P.-S.

Cet article est extrait de Connaissance de foi, Nicolas Dunas, Cogitatio Fidei.

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