La droiture de notre liberté est-elle une condition de notre bonheur ?

mardi 18 août 2015, par theopedie

En bref : On lit dans Matthieu (5, 8) : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, car ceux-là verront Dieu. » Et dans l’épitre aux Hébreux (12, 14) : « Conservez la paix avec tous, et la sainteté, sans laquelle personne ne verra le Seigneur. »

La droiture de la liberté est une condition du bonheur parce qu’elle le précède comme cause et parce qu’elle en est un corollaire. A titre cause, car ce qui rend droite la liberté c’est son juste rapport à l’idéal suprême. Or l’idéal, à l’égard de ce qui lui est subordonné, joue le même rôle que la structure à l’égard de la matière. De même donc qu’une matière ne peut devenir structurée que si elle est convenablement disposée, ainsi rien ne peut atteindre un idéal sans être grâce à un juste rapport avec cet idéal. Et c’est pourquoi nul ne peut parvenir au bonheur à moins d’avoir une liberté droite.

Cette droiture est également un corollaire du bonheur ; car, comme nous l’avons dit, le suprême bonheur consiste dans la vision de la nature divine, qui est l’essence même de la perfection. Et ainsi la liberté de celui qui voit Dieu dans son essence aime nécessairement tout ce qu’elle aime en fonction de Dieu. De la même manière, la liberté de quelqu’un qui ne voit pas encore la nature divine aime cependant nécessairement tout ce qu’il aime en fonction de la perfection la plus universelle qu’il connaisse. Or c’est cela même qui rend une liberté droite. Il est donc évident que le bonheur ne peut exister sans la droiture de la liberté.

Objections et solutions :

1. Nous l’avons dit, la nature du bonheur consiste dans une activité intellectuelle. Or, la plénitude de l’esprit n’exige pas cette droiture de la liberté qui rend les hommes purs. Et, st. Augustin écrit : « Je n’approuve pas ce que j’ai dit dans une prière : « O Dieu qui n’avez voulu faire connaître la vérité qu’aux âmes pures. » On peut en effet répondre que beaucoup, parmi ceux qui ne sont pas purs, connaissent pourtant beaucoup de vérités. » Donc la droiture de la liberté n’est pas requise au bonheur.

• St. Augustin parle en ce passage de la connaissance d’une vérité qui n’est pas la nature même de la bonté.

2. Ce qui précède ne dépend pas de ce qui suit. Or l’activité de l’esprit précède celle de la liberté. Donc le bonheur, activité pleine et entière de l’esprit, ne dépend pas de la droiture de la liberté.

• Certes, toute activité de liberté est précédée par une activité de notre esprit par quelque acte d’intelligence ; mais il est vrai aussi qu’il existe une activité de notre liberté précédant l’activité de notre esprit, la liberté aspire à cet activité idéale de l’esprit qu’est le bonheur. C’est pourquoi la droiture de la liberté est exigée au préalable, de la même manière qu’une trajectoire correcte est nécessaire pour que la flèche frappe sa cible.

3. Ce qui est ordonné à quelque chose comme à son idéal n’est plus nécessaire une fois que cet idéal a été réalisé, comme le navire une fois arrivé au port. Or, la droiture de la liberté, qui est le fait de la qualité morale, est ordonnée au bonheur comme à son idéal. Donc, lorsque le bonheur est atteint, la droiture de la liberté n’est plus nécessaire.

• Tout ce qui est ordonné à un idéal ne cesse pas d’exister lorsque survient ce idéal. Cela seul disparaît qui a un caractère d’inachèvement et d’incomplétude, comme le devenir. C’est pourquoi tout ce qui concerne le devenir n’a plus de raison d’être lorsqu’on a atteint l’idéal ; mais l’orientation envers cet idéal doit encore subsister dans sa droiture.

P.-S.

Cet article est basé sur un article de la somme de théologie, Ia IIae. Il ne prétend pas en être une traduction littérale, mais une lecture personnelle. Pour une traduction littérale, voir ici, pour une explication des choix de lecture, voir ici.

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