La doctrine du péché originel est-elle juste ?

samedi 15 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Le péché originel est juste car il exprime la solidarité intergénérationnelle. Nous sommes liés biologiquement et culturellement à nos parents, et si nous ne sommes pas coupables des fautes de nos parents, elles ont laissé des séquelles que nous devons quand même assumer.

Ce qui pose problème pour beaucoup de personnes dans le péché originel, c’est la culpabilité congénitale qui en résulte : avant même d’avoir agi, l’enfant est coupable. Pascal, le grand philosophe, écrit :

Le Péché Originel
Interview Epistheo
Alexis Masson

Il est sans doute qu’il n’y a rien qui choque plus notre raison que de dire que le péché du premier homme ait rendu coupables ceux qui, étant si éloignés de cette source, semblent incapable d’y participer. Cet écoulement ne nous paraît pas seulement impossible, il nous semble même très injuste ; car qu’y a-t-il de plus contraire aux règles de notre misérable justice que de damner éternellement un enfant incapable de volonté, pour un péché où il paraît avoir si peu de part, qu’il est commis six mille ans avant qu’il fût en être ?

Or, ce même Pascal qui décrit si bien l’injustice du péché originel tenait ce même péché originel et l’état de misère dans lequel tout homme nait pour quelque chose de juste ! Comment cela est-il possible ?

En vérité, le péché originel nous semble difficilement justifiable car nous confondons la peine avec la faute et nous avons du mal à voir où commence la peine et où s’arrête la faute. Redisons-le : ce n’est pas l’enfant qui est coupable, mais ses premiers parents.

JPEG - 18.9 ko
Expulsion de Zidane
La solidarité : pour le meilleur ou pour le pire. La faute d’un seul pénalise l’ensemble de l’équipe :

Mais, quand bien même l’enfant ne serait pas coupable, cela ne l’empêche pas de ressentir les effets d’une culpabilité qui n’est pas la sienne. L’enfant ressent les effets de la colère divine à travers une psychologie qu’il reçoit de ses parents comme étant un psychologie « traumatisé ». Seulement, cette colère divine n’était pas initialement dirigée contre lui : il en a hérité comme il a hérité du traumatisme moral de ses parents.

Ainsi présenté, le péché originel ne devient plus l’expression d’une injustice mais l’expression d’une vertu : la solidarité. À l’origine, cette solidarité était voulue par Dieu pour le bonheur de l’humanité. C’est l’homme qui l’a pervertie : ce qu’Adam devait transmettre, c’était une condition humaine emprunte d’harmonie et de majesté, et non une condition fragilisée et misérable. Malgré ce « changement de programme », cette solidarité a été maintenue : nous ne sommes pas coupables des fautes de nos parents, mais nous devons les assumer. Voilà ce que signifie le péché originel.

JPEG - 44.3 ko
Le péché originel
Mais précisément, c’est pour pouvoir le pardonner que Dieu est mort sur une croix...

Ainsi présenté, le péché originel n’est que justice : il est juste que les enfants soient solidaires de leur parents, au sens où il faut bien assumer les bêtises des générations passées pour en tirer les leçons et honorer nos pères et nos mères, malgré leurs erreurs. Il ne s’agit pas de culpabilisation inutile mais de pédagogie et de sentiment filial.

Certes, cette juste solidarité pourrait être quelque chose d’injuste dans un autre sens : dans le sens d’une justice si excessive qu’elle en deviendrait injuste. Summa jus, summa injuria. Tel serait le cas si cette solidarité héritée d’Adam n’était qu’une manière d’enfermer définitivement l’homme dans un malheur qu’il doit assumer sans pouvoir le réparer. Mais cette solidarité n’est pas ni excessive ni définitive et le remède existe : c’est le baptême.

Par le péché d’Adam, la condition humaine n’a pas été détruite, mais seulement abîmée. Et cette solidarité dans le péché, il est possible de l’assumer en lui substituant une autre solidarité : celle de la grâce. Jésus, en mourant sur la croix, a assumé la colère divine pour l’apaiser et rendre à la nature humaine la grâce qu’elle avait perdue.

Répondre à cet article