La contrainte supprime-t-elle la liberté ?

vendredi 4 septembre 2015, par theopedie

En bref : Aristote et le Damascène soutiennent qu’il n’y a pas de liberté lorsqu’il y a violence et contrainte.

La violence s’oppose directement à la liberté, comme aussi à ce qui est naturel. Car la liberté et ce qui est naturel ont en commun de procéder d’un principe intrinsèque, tandis que la violence provient d’une cause extrinsèque. Donc, de même que, dans les êtres privés de connaissance, la violence agit à l’encontre de ce qui leur est spontanément naturel, ainsi dans les êtres qui sont doués de connaissance, la violence agit-elle à l’encontre de la liberté. Et comme ce qui est à l’encontre d’un mouvement naturellement spontané est qualifié de non naturel, tout mouvement qui est contrainre au mouvement de notre liberté est qualifié de contraint et de non libre. La violence est donc cause de non-libre.

Objections et solutions :

1. Libre et non libre sont des qualificatifs relatifs à la liberté. Or nous venons de montrer qu’il ne peut être fait violence à cette faculté. Donc la violence ne peut être cause de non-liberté.

• La non-liberté s’oppose à la liberté. Or, on vient du dire, on appelle libre non seulement l’activité qui procède immédiatement de la liberté, mais encore celle qui est voulue par elle. Quant au premier type d’activité psychologique, c’est-à-dire les souhaits, nous le savons, la liberté ne peut subir de contrainte. Mais relativement au deuxième type d’activité, c’est-à-dire les volontés, la liberté peut subir de la violence, et la violence est alors cause de non-liberté.

2. L’absence de liberté, au dire de saint Jean Damascène et d’Aristote, s’accompagne de tristesse. Or il arrive que l’on souffre violence sans en être attristé. La violence ne cause donc pas d’absence de liberté.

• De même que l’on dit de quelque chose qu’elle est naturel si elle est en accord avec une aspiration naturelle, de même on dit de quelque chose qu’elle est libre si elle suit l’aspiration de notre liberté. Mais il y a deux façons pour une chose d’être naturelle : soit qu’elle provienne d’un principe actif (par exemple, le fait de pouvoir émettre de l’énergie), soit qu’elle provienne d’une principe réactif (par exemple, le fait de pouvoir recevoir de l’énergie). Pareillement, il y a deux façons pour une réalité d’être libre : soit qu’elle est une réalité active (comme lorsque l’on souhaite faire quelque chose) ; soit qu’elle est une réalité passive (comme lorsque l’on souhaite subir l’action d’un autre). En conséquence, lorsque l’action vient de l’extérieur mais que celui qui la subit souhaite la subir, il n’y a pas, absolument parlant, de violence. Car celui qui subit, bien qu’il ne coopère pas en agissant, coopère cependant en souhaitant subir.

3. Ce qui procède de la liberté est obligatoirement libre. Or certains actes violents peuvent être libres, ainsi monter avec un corps pesant, ou fléchir ses membres contrairement à leur disposition naturelle. La violence n’entraîne donc pas de non-liberté.

• Selon Aristote, lorsqu’un animal se meut contre la tendance naturelle de son corps, ce mouvement, bien qu’il ne soit pas naturel à son corps, est en quelque sorte naturel à l’animal, car il lui est naturel d’être mû conformément à son aspiration. Il n’y a pas alors de violence absolue mais seulement violence relative. Il en va de même si quelqu’un fléchit ses membres contrairement à leur disposition naturelle ; c’est de la violence relative, par rapport au membre particulier ; mais ce n’est pas de la violence absolue par rapport à l’homme lui-même.

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