La condition humaine est-elle détruite ou abîmée par le péché originel ?

vendredi 14 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Le péché originel a gravement abîmé notre condition humaine mais ne l’a pas définitivement détruite. Car le fondement de notre condition est notre liberté et celle-ci peut être rétablie. Si certains imperfections subsistent, elles n’expriment plus dès lors qu’une condition en convalescence et « en rémission ».

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Echelle de Richter
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Selon la tradition catholique, le péché originel a abîmé et affaibli la condition humaine, mais sans la détruire de manière définitive : il existe un médicament qui peut en guérir (le baptême). Selon la tradition protestante au contraire, le péché originel a détruit de façon définitive la condition humaine : il existe un médicament qui nous détourne de la colère divine (le baptême) mais qui ne peut rétablir l’homme dans sa liberté originelle. D’où vient une telle différence de sentiment ?

La position radicale des théologiens protestants vient en réalité d’une identification entre concupiscence et péché originel. La concupiscence - ou perversion - est une inclination envers le mal que tout homme éprouve nativement. Pour les protestants, cette perversion s’identifie avec le péché originel. Pour les catholiques, elle est une conséquence du péché originel mais non le péché originel lui-même.

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Cécité intellectuelle
Le péché originel brouille la vue de notre esprit, dans l’exacte mesure où notre volonté projette dorénavant ses désirs dans la réalité (fantasme). Mais pas au point de ne plus rien discerner.

Que dire ? Il semble qu’il nous faille donner raison à la tradition catholique : l’élément structurel du péché originel vient de l’opposition entre l’homme et Dieu, non de la perversion humaine : c’est parce que la volonté humaine s’est détournée de Dieu qu’elle s’est pervertie.

Continuons. Si le péché originel peut être lavé par le baptême, le dérèglement de la sensibilité et la concupiscence semblent être quant à eux définitifs : malgré le baptême, le chrétien aura toujours à combattre une inclination qu’il constate en lui et qui le porte vers le mal. Mais quand bien même cette perversion serait définitive, elle n’est définitive qu’en surface et que par une sorte d’inertie psychologique : pour l’homme persévérant, le combat spirituel sera toujours de moins en moins difficile. En effet, en profondeur, la cause de cette perversion a été assainie avec le baptême et la liberté humaine restaurée. La perversion que nous constatons dans notre chair après notre baptême s’interprète comme une convalescence : notre condition humaine a été abîmée, mais elle est maintenant en rémission.

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