La condition humaine est-elle pervertie ?

dimanche 2 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : C’est décalage évident entre la médiocrité humaine que nous constatons et la noblesse de ses aspirations qui amène à se poser la question d’une perversion de la nature humaine. Comme si celle-ci avait été, en cours de route, « abîmée » ou « pervertie ».

 Le constat

Tout le monde le sait : l’homme est à la fois ange et démon, capable des plus nobles desseins comme de l’action la plus égoïste.

Une nature humaine dénaturée
Brefs extraits du documentaire « Home »
sur une musique de C.verdier
Cyril VERDIER

Malgré tous nos merveilleux exploits, nous autres humaines sont les forces de destruction les plus féroces et les plus destructives qui aient jamais existé sur terre - et la question a toujours été « comment est-ce possible ? » De fait : nos actes les plus quotidiens reflêtent une soif de compétitivité, une agressivité spontanée, un égoïsme réflexe. Comment cela est-il possible, alors même que notre idéal de vie et notre aspiration à la grandeur, à l’abnégation et à la tendresse se situent exactement à l’opposé de cette réalité ? Pourquoi sommes nous impitoyablement compétitifs, égoïstes et brutaux, au point d’avoir rendu la vie humaine quasi insupportable et d’avoir presque détruit notre planète ?

  • Alors que les animaux savent adapter leur nourriture à leur besoin, ne mangeant et ne buvant jamais plus que nécessaire et ponctionnant dans leur écosystème le strict minimum, le rapport à la nourriture a perdu chez l’homme de sa spontanéité et de son innocence. La question de la satiété est devenue un enjeu psychologique (obésité, anorexie, gourmandise) et la production de nourriture un enjeu politique et économique souvent synonyme d’injustice et de manque de répartition.
  • Tandis que les animaux semblent vivre sobrement et mener des vies fatiguantes sans être fatigués, on constate chez l’homme certaines perturbations inconnues du monde animal : besoin de compensations psychiques, pertes de sommeil, etc. L’effort n’est pas naturel : à moins d’y être forcé, c’est par d’autres moyens que l’homme préfère assurer un confort et un luxe parfois superflus et inconnus du monde animal : domination, prédation et exploitation.
  • Si on rencontre chez les animaux une certaine diversité des comportements sexuels et des compétitions entre animaux, il y a une propension à la perversité que l’on ne rencontre que chez les hommes, et non chez les animaux.
Réflexion sur la nature humaine
Extrait de « Apocalypto »
NixTidona

En comparant la manière dont sont gérés ces trois besoins (nourriture, repos, sexualité), on constate un décalage entre la condition animale et la condition humaine. Il y a chez les uns un équilibre et une sobriété naturelle qui font défaut chez les autres. Comment cela est-il possible ? N’est-ce pas le même processus de création divine et le même processus d’évolution génétique qui ont abouti chez les animaux à une régulation évidente et chez les hommes à une dérégulation dramatique ?

Mortalité impitoyable, sensualité exigeante en toutes manières et proprement ingouvernable, spiritualité languissante parce que l’intelligence est dans une déplorable ignorance des vérités les plus hautes et la volonté dans l’impossibilité de s’y plier ; et tout cela, pour comble de malheur, dans une atmosphère naturelle, matérielle, sociale et spirituelle devenue elle-même déréglée et hostile (R. Bernard).

Pire encore : ces perversions n’affligent pas seulement les adultes, mais aussi les enfants. Et ceux qui les éduquent le savent : malgré leur innocence, il y a déjà chez eux un désordre et une cruauté native. Il ne s’agit pas de pessimisme morbide mais seulement de réalisme, lequel impose, sous peine de graves désillusions, une pédagogie et une action adaptée.

 Trois objections

1) On pourra toujours dire que tout est question de patience : l’humanité part peut-être en bas de l’échelle, mais avec le temps, un léger progrès se dessine. Oui mais voilà : s’il y a un progrès technique et scientifique incontestable de l’humanité, il n’est pas du tout évident que l’humanité progresse d’un point de vue moral ou psychologique. C’est au XXe siècle qu’eurent lieu les pires catastrophes humaines, et c’est il y a plus de quatre mille ans que vécurent les guides de notre humanité, et partout l’on constate les mêmes maladies et les mêmes vices psychologiques.

Nature humaine
(Un peu caricatural)
Julien Tribalat

2) Certes, il est encore possible d’alléguer que notre vision du monde animal est trop angélique, et que certaines plaies qui affligent l’humanité se retrouvent aussi dans la nature préhumaine. Néanmoins, il y a un tel écart entre ce que devrait être la vie humaine et ce qu’elle est de fait, entre le bonheur que nous promet notre condition d’être raisonnable et la médiocrité dans laquelle elle se trouve que l’on peut à bon droit se poser la question d’une corruption de la nature humaine.

3) Comment expliquer le décalage entre notre idéal de vie et la réalité de notre vie ? Dans une vision athée du monde, on pourra toujours dire que notre idéal de vie n’a aucun fondement et qu’il s’agit là d’une conception morale de la condition humaine qui n’a aucune légitimité. On dira alors que l’homme est ainsi fait, un point c’est tout. C’est le hasard cruel et aveugle qui guide l’évolution biologique et la condition humaine. Mais cette affirmation ressemble fort à une politique de l’autruche : résoudre le problème en le niant. Et il y a fort à parier que cette dénégation revient de fait à acquiescer à, voire à légitimer, la loi du plus fort.

L’histoire d’Adam et d’Ève
racontée comme un poème
theopedie, zZ2Vedl3zbU

 Conclusion

Ce décalage entre la dignité de la condition humaine et le constat d’échec dans son application est encore plus fortement ressentie dans une vision religieuse du monde : comment expliquer la méchanceté humaine si l’homme est le fruit voulu et désiré d’une création divine ? Ce décalage amène à considérer comme probable la réponse suivante : la condition humaine a été corrompue et pervertie.

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