La circoncision conférait-elle la grâce de la justification ?

samedi 30 août 2014, par theopedie

En bref : Comme le baptême, la circoncision lavait l’âme du péché originel. S. Augustin dit : « Dès que la circoncision fut établie dans le peuple de Dieu comme le signe de la justice par la foi, elle fut capable de sanctifier les petits enfants et de les purifier de l’antique péché originel, comme le baptême, dès qu’il fut institué, fut capable de renouveler l’homme. » Mais la circoncision agit ex opere operantis (à travers la foi au sauveur à venir) et le baptême ex opere operto (en vertu de son institution par le sauveur enfin venu).

L’article suivant est tiré de la somme de théologie de saint Thomas d’Aquin (IIIa 70,1)

 Thèse

Tout le monde s’accorde à dire que la circoncision remettait le péché originel. Certains cependant disent qu’il ne conférait pas la grâce, mais qu’elle ne faisait que remettre le péché. Ainsi le Maître des Sentences et la Glose sur (Romains 4, 11). Mais cela est impossible, puisque le péché n’est remis que par la grâce, selon ce mot (Romains 3, 24) : « justifiés gratuitement par la grâce de Dieu, etc. »

Aussi d’autres ont-ils dit que la circoncision conférait la grâce, mais seulement en tant que celle-ci remet la faute, mais non dans ses effets positifs. - C’était pour ne pas être obligé de dire que la grâce reçue dans la circoncision suffisait pour accomplir les commandements de la loi, et qu’ainsi la venue du Christ était inutile. Mais cette opinion non plus ne peut se soutenir. D’abord parce que la circoncision donnait aux petits enfants la possibilité de parvenir en temps voulu à la gloire ; or celle-ci est l’ultime effet positif de la grâce. De plus parce que, dans l’ordre de la causalité formelle, les effets positifs précèdent naturellement les effets privatifs (bien que ce soit l’inverse dans l’ordre de la causalité matérielle), car la forme n’exclut la privation qu’en informant le sujet.

Aussi d’autres encore ont-ils dit que la circoncision conférait la grâce, même pour l’un de ses effets positifs, qui est de rendre digne de la vie éternelle, mais non pour tous ses effets, parce que elle ne suffisait pas à réprimer le foyer de la convoitise, ni même à observer tous les commandements de la loi. Et cela fut autrefois mon opinion. - Mais en y regardant de plus près, il apparaît que cela non plus n’est pas vrai. Car la moindre grâce est capable de résister à n’importe quelle convoitise, et d’éviter le péché mortel qui se commet en transgressant les commandements de la loi, car la plus petite charité aime Dieu plus que la cupidité n’aime des milliers de pièces d’or et d’argent (Psaumes 119, 72).

Aussi faut-il dire que la circoncision conférait la grâce avec tous ses effets, mais autrement que ne fait le baptême. Le baptême confère la grâce par sa vertu propre, qu’il possède au titre d’instrument de la passion du Christ, déjà réalisée. Mais la circoncision conférait la grâce parce qu’elle était signe de la foi à la passion future : l’homme qui recevait la circoncision professait qu’il embrassait cette foi, l’adulte pour lui-même, et un autre pour les enfants. Aussi l’Apôtre dit-il (Rm 4, 11) : « Abraham reçut le signe de la circoncision comme sceau de sa justification par la foi. » C’est-à-dire que la justice venait de la foi signifiée par la circoncision, et non de la circoncision qui la signifiait.

Et parce que le baptême, au contraire de la circoncision, opère comme un instrument en vertu de la passion du Christ, le baptême imprime un caractère qui nous incorpore au Christ, et il donne une grâce plus abondante que la circoncision, car une réalité présente est plus efficace qu’une simple espérance.

 Objections et réponses

1. Il semble qu’elle ne conférait pas la grâce qui justifie, car l’Apôtre écrit aux Galates (2, 21) : « Si la justice vient de la loi, le Christ est donc mort pour rien », c’est-à-dire sans raison. Mais la circoncision était une obligation de cette loi qu’il fallait accomplir, selon cette parole (Ga 5, 3) : « je déclare à tout homme qui se fait circoncire qu’il est tenu d’accomplir toute la loi. » Donc si la circoncision confère la justice, « le Christ est mort pour rien », c’est-à-dire sans raison. Ce qui est inadmissible. La circoncision ne donnait donc pas la grâce qui justifie du péché.

  • Cet argument vaudrait si la justice provenait de la circoncision autrement que par la foi à la passion du Christ.

2. Avant l’institution de la circoncision, la foi seule suffisait pour la justification, comme dit S. Grégoire : « Ce que peut pour nous l’eau du baptême, la foi seule le faisait pour les petits enfants chez les anciens. » Mais la puissance de la foi n’a pas été diminuée par le précepte de la circoncision. C’est donc la foi seule qui justifiait les petits enfants, et non la circoncision.

  • Avant l’institution de la circoncision, la foi au Christ à venir justifiait aussi bien les enfants que les adultes, et il en fut de même ensuite. Mais auparavant aucun signe manifestant cette foi n’était requis, car les croyants n’étaient pas encore séparés des infidèles et réunis dans le culte du seul vrai Dieu. Il est probable cependant que les parents fidèles adressaient certaines prières à Dieu pour leurs enfants nouveau-nés, ou leur donnaient quelque bénédiction, surtout en cas de danger de mort ; c’était là comme le sceau de leur foi, de même que les adultes offraient pour eux-mêmes des prières et des sacrifices.

3. On lit dans Josué (5, 5-6) : « Tout le peuple qui était né dans le désert pendant quarante ans, n’avait pas été circoncis. » Donc, si la circoncision enlevait le péché originel, il semble que tous ceux qui moururent dans le désert, aussi bien les petits enfants que les adultes, furent damnés. Et l’on peut faire la même objection pour les enfants qui mouraient avant le huitième jour, puisque comme on l’a dit la circoncision ne devait pas être avancée.

  • Au désert, le peuple était excusé de ne pas observer le précepte de la circoncision, soit parce qu’on ne savait jamais quand il faudrait lever le camp, soit, comme dit S. Jean Damascène, parce que, vivant à l’écart des autres peuples, il n’avait pas besoin d’un signe pour s’en distinguer. Cependant, dit S. Augustin , ceux qui négligeaient le commandement par mépris étaient coupables de désobéissance. Il semble qu’aucun incirconcis ne mourut dans le désert, puisque le Psaume (105, 37) dit : « Il n’y avait pas de malades dans leurs tribus. » Il semble que seuls sont morts au désert ceux qui avaient été circoncis en Égypte. Si cependant quelques incirconcis moururent, il en fut d’eux comme de ceux qui moururent avant l’institution de la circoncision. Et c’est ce qu’il faut entendre aussi des enfants qui, au temps de la loi, mouraient avant le huitième jour.

4. Seul le péché empêche l’entrée au royaume des cieux. Mais même les circoncis ne pouvaient, avant la passion du Christ, entrer dans le royaume des cieux. Par conséquent la circoncision ne les justifiait pas de leur péché.

  • La circoncision effaçait le péché originel dans ses conséquences pour la personne, mais elle laissait subsister l’empêchement d’entrer dans le ciel, qui tenait à la nature tout entière, et que fit disparaître la passion du Christ. C’est pourquoi le baptême lui-même, avant la passion du Christ, n’introduisait pas dans le Royaume, et la circoncision, si elle avait subsisté après la passion du Christ, aurait introduit dans le Royaume.

5. Le péché originel n’est pas remis sans les péchés actuels : « Il est impie, dit S. Augustin de n’attendre de Dieu qu’un demi-pardon. » Mais on ne voit nulle part que la circoncision ait remis les péchés actuels. Donc elle ne remettait pas non plus le péché originel.

  • Quand les adultes étaient circoncis, ils recevaient la rémission, non seulement du péché originel, mais aussi des péchés actuels, mais non au point d’être libérés de toute peine due à ceux-ci, comme fait le baptême qui confère une grâce plus abondante.

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