La cène était-elle un repas pascal (un séder) ?

samedi 1er novembre 2014, par theopedie

En bref : La cène était probablement un authentique repas pascal.

Pessa’h ou la Pâque juive ?

Traditionnellement, la cène (le dernier repas de Jésus) est assimilée à un séder, c’est-à-dire au repas pascal juif. A l’origine de cette association se trouvent les textes évangéliques eux-mêmes : Marc 14, 12-16 et parallèles, Jean 13, 21-30. L’usage même du pain et du vin ainsi que les bénédictions dans le contexte religieux de la fête de la pâque donnent force à cette assimilation.

Toutefois, en lisant attentivement l’évangile selon saint Jean, on s’aperçoit d’une certaine complexité : Jean 19, 14 stipule que Jésus fut crucifié le jour de la préparation de la Pâque. Il aurait donc célébré la cène avant le repas pascal. Mais, il y a complexité car ce « jour de la préparation » peut être entendu de deux manières :

  • il peut s’agir du jour avant la Pâque,
  • il peut s’agir du jour précédant le sabbat (« Le jour de la préparation » est une expression générique servant à désigner un quelconque vendredi).

La denière cène
Extrait de Jésus de Nazareth de Zeffirelli
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Qu’en est-il alors ? Si Jean 19, 31 et Jean 19, 42 semblent aller dans le sens de la deuxième interprétation, Jean 18, 28 renforce l’impression qu’il faille privilégier la première interprétation.

Or la complexité d’interprétation a d’autant plus redoublé que l’on a découvert, en lisant les manuscrits de la mer mors, qu’il existait à l’époque de Jésus différents calendriers liturgiques coexistant. Ainsi, il y aurait peut être eu un calendrier pharisien et galiléen plaçant le séder le jeudi et un autre calendrier sadducéen plaçant le séder le vendredi. Notons qu’un décalage liturgique paraît relativement crédible : étant donné le grand nombre de pèlerins à Jérusalem, on imagine aisément des accommodations liturgiques. Jésus aurait « simplement » utilisé le premier calendrier, les grands prêtres le second.

Au total, les exégèses peuvent partager soit l’une soit l’autre de ces deux interprétations :

  • Prévoyant sa mort, Jésus aurait anticipé le séder et l’aurait mangé quelques jours avant, par exemple le mardi.
  • Pèlerins et grands-prêtres ne suivent pas le même calendrier liturgique : Jésus a célébré la cène lors du repas pascal un jeudi, le repas pascal des grands-prêtres étant le vendredi.

Compte tenu de la complexité du calendrier liturgique et de l’affirmation quasi explicite des évangiles synoptiques, la deuxième interprétation paraît plus prudente. Concluons en disant que, quoiqu’il en soit de la date exacte de la cène et pour autant que sa question puisse être un jour réglée, la symbolique de la cène est éminemment pascale : dans l’esprit de Jésus et de ses disciples, la cène était un authentique repas pascal.

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