La causalité est-elle une notion superflue ?

mardi 17 septembre 2013, par theopedie

En bref : Toutes les tentatives pour se passer du principe de causalité ayant échoué, la causalité ne semble pas être une notion superflue.

En 1917, Bertrand Russell avait annoncé la disparition de la notion de causalité dans son essai Sur la notion de cause [1]. Les développements ultérieurs de la science et de la philosophie analytique n’auront pas justifié cette affirmation : loin de dépérir, les notions de cause et d’effet n’ont jamais eu une position plus centrale dans les travaux philosophiques récents, que ce soit en sémantique, en philosophie de l’esprit, en épistémologie, ou en philosophie des sciences :

  • Les travaux de Donnellan, Kripke [2], et Putnam [3] ont fait du lien de cause à effet un élément indispensable dans la constitution de la référence et de la signification. De là sont nées les théories causales de l’information et du contenu [4] et [5].
  • Le problème de Gettier a fait renaître la théorie causale de la connaissance avec Goldman [6], Armstrong [7] Pollock [8], et Plantinga [9].
  • La causalité est une pièce maîtresse des théories récentes de l’identité personnelle et de la nature des états mentaux (par exemple, le fonctionnalisme de Lewis [10] et Putnam [11].
  • La causalité continue à figurer en première place dans la philosophie des sciences (par exemple, dans la théorie causale de la preuve de Wesley Salmon [12] et dans la science théorique, tant en physique et que dans le reste.

Faire de la causalité une notion congédiable ou l’interpréter en termes de régularité statistique (avec ou sans vernis psychologisant) s’est avéré être catastrophique. Toutes les tentatives pour expliquer l’asymétrie causale (sûrement l’un des aspects les plus fondamentaux de la causalité) dans le cadre du modèle de déduction nomologique ont échoué. Ces modèles de causalité ont généré des paradoxes encore plus rapidement qu’il n’était possible d’en inventer des solutions ad hoc. Si un solide sens de la réalité nous amène à voir dans les relations causales des citoyens d’honneur du défilé ontologique, nous devons faire de même pour la catégorie qui servira de relata à ces relations causales, qu’on appelle ceux-ci des « faits », des « événements », ou des « états de choses ». Ces relata doivent être distingués des propositions et des représentations quasi-linguistiques si nous voulons cerner avec précision les relations logiques qui régissent les idiomes de cause à effet. La réhabilitation de ces réalités factuelles aura été un thème commun des travaux philosophiques récents : en linguistique philosophique (de Vendler à Asher), et dans la Stanford Théorie de la situation (de Barwise et Perry).

P.-S.

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Un nouveau regard sur l’argument cosmologique
Robert C. Koons
trad. Paul Adrien d’Hardemare

La meilleure version de l’argument cosmologique que nous ayons trouvée à ce jour nous semble être la version développée par Robert C. Koons dans l’article A New Look at the Cosmological Argument (1996). Le texte ci-dessus est un extrait de cet article, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et traduit par Paul Adrien d’Hardemare. Merci de le citer avec ces références : Un nouveau regard sur l’argument cosmologique, Robert C. Koons, 1996, trad. Paul Adrien d’Hardemare.

Notes

[1Russell, Bertrand. 1917. Mysticism and Logic, George Allen and Unwin, London.

[2Kripke, Saul. 1980. Naming and Necessity. Harvard University Press, Cambridge, Mass.

[3Putnam, Hilary. 1975. Mind, Language and Reality. Harvard University Press, Cambridge, Mass.

[4Dretske, Fred I. 1981. Knowledge and the Flow of Information. The MIT Press, Cambridge, Mass.

[5Fodor, Jeffrey. 1992. A Theory of Content and Other Essays. MIT Press, Cambridge, Mass.

[6Goldman, Alvin. 1979. « What is Justified Belief ? » In Justification and Knowledge : New Studies in Epistemology, edited by George Pappas. D. Reidel, Dordrecht.

[7Armstrong, David. 1968. A Materialist Theory of Mind. London.

[8Pollock, John. 1986. Contemporary Theories of Knowledge. Rowman and Littlefield, Savage, MD.

[9Plantinga, Alvin. 1993. Warrant and Proper Function. Oxford University Press, New York.

[10Lewis, David. 1966. « An Argument for the Identity Theory », Journal of Philosophy 63 :17-25.

[11Putnam, Hilary. 1975. Mind, Language and Reality. Harvard University Press, Cambridge, Mass.

[12Salmon, Wesley. 1984. Scientific Explanation and the Causal Structure of the World. Princeton University Press, Princeton, NJ.

1 Message

  • La causalité est-elle une notion superflue ? Le 14 juillet à 19:50, par lol

    bof
    cest ça votre reponse ?

    « semblez », « si »... oui, au conditionel on fait des choses
    mais hume a quand meme fini la question
    la metaphysique est morte
    aucun lien que vous donnez n’a de contenance
    pour esperer repondre a la critique sur l’induction qui est
    on ne peut rien savoir de plus que l’experience
    une verite necessaire est donc une tautologie

    kev

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