L’intention de l’idéal et le souhait des moyens sont-ils un seul et même fait ?

vendredi 2 octobre 2015, par theopedie

En bref : Le moyen est à l’idéal ce que le milieu est au but. Or, dans les choses naturelles, c’est une même action qui passe par le milieu pour aboutir au but. Donc, dans la liberté, l’intention de l’idéal et le souhait des moyens relève d’une même action et sont un seul et même fait.

On peut considérer la liberté portée de fait vers l’idéal et vers les moyens de deux façons. Ou bien selon que la liberté est portée de fait vers ces deux objectifs absolument et par soi, et alors on a deux activités distinctes de la liberté. Ou bien selon que la liberté est portée de fait vers les moyens, mais en vue d’un idéal, et alors on a une seule activité de la liberté quant au sujet, portant à la fois sur l’idéal et sur les moyens. En effet, quand je dis : « je souhaite ce remède pour ma santé », il s’agit que d’une seule activité de la liberté. L’explication en est que l’idéal apparaît comme la raison de souhaiter les moyens. Or c’est par une même activité qu’on saisit un objectif et la raison de cet objectif, de même que c’est dans une même vision en acte que l’on perçoit la couleur et la lumière, comme nous l’avons dit plus haut. Et il en va de même pour l’intelligence : si je me focalise sur un principe et sur une conclusion, j’aurai des pensées distinctes ; mais si je donne mon assentiment à une conclusion à cause des principes, ce sera en une pensée et une seule activité d’intelligence.

Objections et solutions :

1. St. Augustin nous dit : « La volonté de regarder une fenêtre a pour idéal la vision de cette fenêtre ; mais regarder les passants par la fenêtre, cela relève d’une autre volonté. » Or la deuxième volonté porte sur l’intention, tandis que la première se rapporte aux moyens. L’intention de l’idéal est donc un activité de la liberté différente du souhait des moyens.

• St. Augustin parle ici de la vision de la fenêtre et de celle des passants par la fenêtre, comme d’objectifs vers lesquels la liberté se porte de façon absolue.

2. Les activités se distinguent par leurs objectifs ; or idéal et moyens constituent des objectifs différents, par conséquent l’intention qui se porte vers l’idéal est une liberté en acte distincte du souhait des moyens.

• L’idéal, si on le considère comme une certaine réalité, est un objectif de liberté différent des moyens ; mais envisagé comme raison de souhaiter ceux-ci, il constitue avec eux un seul et même objectif.

3. Le souhait des moyens porte le nom de choix ; mais intention et choix ne se confondent pas ; l’intention de l’idéal et le souhait des moyens ne sont donc pas un même fait.

• Un fait qui est un, du point de vue du sujet, peut, rapporté à son principe et à son but, comporter une distinction de raison, comme la montée et la descente, selon Aristote. Ainsi en est-il de la liberté en acte : considérée comme portant sur les moyens en tant qu’ils sont ordonnés à l’idéal, elle est choix et élection ; envisagée au contraire comme portant sur l’idéal qui est obtenue par ces moyens, elle est intention. La preuve en est que l’intention d’un idéal peut exister avant même qu’on ait déterminé les moyens sur lesquels porte le choix.

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