L’idéal ultime est-il la seule chose qui nous épanouisse ?

dimanche 27 septembre 2015, par theopedie

En bref : St. Augustin affirme : « On ne s’épanouit pas si ce que souhaite notre liberté n’est pas souhaité pour elle-même ». Or, seul l’idéal ultime vérifie cette caractéristique. Il n’y a donc épanouissement que par rapport à l’idéal ultime.

L’épanouissement, nous venons du dire, implique deux choses : qu’il s’agisse d’un fait ultime et que l’aspiration de notre conscience y trouve plaisir et jouissance. Mais il y a deux façons d’être quelque chose d’ultime : absolument, c’est-à-dire sans être relatif à une autre chose, et partiellement, en étant ultime seulement d’un certain point de vue. Donc ce qui est absolument ultime, et dont on jouit comme étant un idéal ultime, c’est cela qu’on appelle à proprement parler l’épanouissement.

Au contraire, ce qui n’est pas source en soi d’épanouissement mais qui est seulement désiré pour autre chose, comme une potion amère en vue de la santé, ne peut aucunement s’appeler épanouissement. Quant aux choses qui comportent en elles-mêmes un certain épanouissement mais qui ne sont que des étapes, on pourra bien les dénommer en quelque façon des sources d’épanouissement mais on ne dira pas qu’on s’y épanouit selon la pleine signification du mot. C’est pourquoi st. Augustin dit : « Nous jouissons des choses que nous connaissons, et dans lesquelles la liberté se délecte. » Or la liberté ne se délecte que dans les choses ultimes, car aussi longtemps qu’il manque quelque chose, son activité est incomplète, bien que notre liberté ait déjà atteint un certain niveau.

Objections et solutions :

1. L’apôtre écrivait à Philémon (20 Vg) : « Frère, donne-moi cette joie dans le Seigneur. » Or, il est évident qu’il n’avait pas mis son ultime idéal dans un homme. C’est donc que l’épanouissement ne se limite pas à ce idéal .

• Comme le remarque st. Augustin, « Si Paul avait dit : « Donne-moi cette joie », sans ajouter : « dans le Seigneur », il aurait paru mettre en Philémon l’idéal ultime. Mais du fait qu’il a ajouté « dans le Seigneur » il a signifié qu’il mettait ce idéal en celui-ci. » Ainsi a-t-il voulu dire qu’il se réjouissait de son frère, non comme s’il était son idéal, mais parce que celui-ci était comme une étape.

2. L’épanouissement est ce qui porte du fruit. Or, dit st. Paul (Ga 5, 22) : « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix », etc., et ces sentiments ne fonctionnent pas comme des idéaux ultimes. L’épanouissement n’est donc pas réservé à l’idéal ultime.

• On compare différemment le fruit à l’arbre qui le produit, et à l’homme qui en jouit. Par rapport à l’arbre, il est un effet dont l’arbre est la cause ; par rapport à l’homme qui en jouit il est un idéal ultime désir et jouissif. Les perfections que l’Apôtre énumère ici sont appelés des fruits parce qu’ils sont des effets de l’Esprit Saint en nous (ce pourquoi on les appelle fruits de l’Esprit), mais non parce que nous en jouissons au titre d’idéal ultime. A moins que l’on dise avec st. Ambroise qu’on les appelle fruits « parce qu’ils doivent être demandés pour eux-mêmes », non certes en évitant de les rattacher au bonheur mais parce qu’ils ont en eux-mêmes de quoi rendre heureux.

3. Les faits de notre liberté peuvent être réflexifs ; ainsi je souhaite souhaiter et j’aime aimer. Or l’épanouissement est le fait de la liberté ; cette faculté est en effet, au dire de st. Augustin, « ce par quoi nous jouissons ». Il en résulte que l’on peut jouir du fait de jouir. Mais un tel épanouissement n’est pas l’idéal ultime de l’homme. C’est la perfection transcendante, c’est-à-dire Dieu. On ne s’épanouit donc pas seulement dans l’idéal ultime.

• Un idéal, comme on l’a dit, peut désigner deux choses : l’objet de cet idéal et la manière de le posséder. En vérité, cela ne constitue pas deux idéal, mais un seul idéal, considéré soit en lui-même, soit dans un autre. Dieu est donc l’idéal ultime au titre d’objet recherché en dernier lieu, et l’épanouissement est idéal ultime au titre de manière de posséder cet idéal. Donc, de même que Dieu et l’épanouissement qu’il nous procure ne constituent pas deux idéaux, pareillement c’est un seul épanouissement qui nous donne de jouir de Dieu et qui est un épanouissement divin. Il faut en dire autant du bonheur terrestre, qui consiste dans l’épanouissement.

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