L’icône sacrementelle requiert-elle une parole ?

dimanche 13 juillet 2014, par theopedie

En bref : Le rite, dans son aspect matériel, est encore relativement indéterminé (l’eau du baptême peut signifier tout aussi bien l’ablution, le nettoyage, le rafraîchissement, etc). Il a besoin d’une parole pour être précisé.

Ainsi l’Apôtre dit (Ep 5, 25) : « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle afin de la consacrer en la purifiant dans le bain d’eau que la parole de vie accompagne. » Et S. Augustin : « La parole se joint à l’élément, et voilà le sacrement. »

 Thèse

Les sacrements, nous l’avons vu, sont employés à la consécration de l’homme comme étant des icônes. Nous pouvons tirer de là trois considérations montrant chacune une convenance à ce que des paroles viennent s’adjoindre aux réalités matérielles.

  1. On peut envisager dans les sacrements la cause qui consacre : c’est le Verbe (Parole) incarné auquel le sacrement se conforme en ce qu’il joint le « verbe » à la réalité matérielle ; ainsi dans le mystère de l’Incarnation, le Verbe de Dieu est-il uni à une chair sensible. [Les sacrements sont donc à considérer dans le prolongement de l’incarnation].
  2. On peut envisager l’homme qu’il s’agit de consacrer par les sacrements. L’homme est un composé d’âme et de corps, auquel s’adapte parfaitement le remède sacramentel qui, par la réalité visible, touche le corps, et, par la parole, devient un objet de foi pour l’âme. Aussi, le texte : « Déjà vous êtes purs à cause de la parole... (Jn 15, 3) » inspire-t-il à S. Augustin cette réflexion : « D’où vient à l’eau une si grande vertu qu’elle touche le corps et lave le cœur ? Ne lui vient-elle pas de la parole qui opère non parce qu’elle est dite, mais parce qu’elle est crue ? »
  3. On peut envisager la signification sacramentelle proprement dite. S. Augustin remarque que « chez les hommes, les paroles occupent la première place entre les autres signes ». parce qu’on peut en tirer des combinaisons variées pour leur faire signifier les diverses conceptions de l’esprit ; aussi est-ce par elles que nous pouvons le plus distinctement exprimer nos conceptions. Pour la perfection de la signification sacramentelle, il était donc nécessaire que la signification des réalités matérielles fût précisée par des paroles. C’est ainsi que l’eau peut également signifier l’ablution puisqu’elle est liquide, ou le rafraîchissement puisqu’elle est froide. Mais lorsqu’on dit : « je te baptise » il devient évident que dans le baptême on se sert de l’eau pour signifier la purification spirituelle.

 Objections et contre-objections

1. Il ne semble pas car, selon S. Augustin : « Les sacrements matériels sont-ils autre réalité, pour ainsi dire, que des paroles visibles ? » En ce cas, ajouter des paroles aux réalités matérielles requises par les sacrements consisterait à ajouter des paroles à des paroles, ce qui est superflu.

  • . C’est par analogie que les réalités visibles des sacrements sont appelées des paroles : en tant qu’elles participent d’une certaine valeur de signification qui se trouve à titre premier dans les paroles proprement dites, nous venons de le dire. C’est pourquoi il n’y a pas redoublement superflu de paroles lorsqu’on ajoute des paroles aux réalités matérielles, parce que les unes précisent la signification des autres, comme nous l’avons dit.

2. Le sacrement est une chose qui est un. Comment constituer une chose qui soit un en unissant des choses de genres disparates ? Les réalités matérielles étant des produits de la nature, et les paroles des produits de la raison, il semble que les sacrements ne requièrent pas qu’on ajoute des paroles aux réalités matérielles.

  • Sans doute, les paroles et les réalités matérielles appartiennent à des genres disparates en ce qui regarde leur nature de réalités. Mais elles se rejoignent dans la raison de signe qui d’ailleurs se trouve plus parfaitement réalisée dans les paroles que dans les autres moyens d’expression, nous venons de le dire. Paroles et réalités, jointes dans le sacrement, constituent donc quelque chose d’un, à la manière d’une structure et d’une matière dans la mesure où les paroles achèvent la signification des choses. Par choses, d’ailleurs, on entend aussi bien les actions sensibles : ablution, onction, etc. car la raison de signe se réalise en elles de la même façon que dans les choses proprement dites.

3. Les sacrements de la loi nouvelle ont succédé aux sacrements de la loi ancienne : à l’abolition de ceux-ci, ceux-là ont été institués, dit S. Augustin. Mais les sacrements de l’ancienne loi ne nécessitaient aucune parole verbale. Les sacrements de la loi nouvelle ne doivent pas en comporter non plus.

  • Comme le dit S. Augustin, autres doivent être les sacrements d’une réalité présente et autres les sacrements d’une réalité à venir. Les sacrements de la loi ancienne : « le Seigneur te bénisse, etc. » soit par les sujets de ces sacrements, comme on lit au Deutéronome (26, 3) : « (Tu diras au prêtre) : Je déclare aujourd’hui devant le Seigneur ton Dieu, etc. »

P.-S.


La rubrique suivante est extraite de la somme théologie (IIIa q.60), laquelle parle de l’aspect locutoire des sacrements. La réponse de saint Thomas a été ici reformulée en terme de structure et d’icône. :
  • Le rite, dans son aspect matériel, fait partie intégrante du signe sacramentel .
  • Le rite, dans son aspect matériel, est encore relativement indéterminé (l’eau du baptême peut signifier tout aussi bien l’ablution, le nettoyage, le rafraîchissement, etc).
  • La signification de l’icône sacramentelle a donc encore besoin d’être structurée par une parole supplémentaire.
  • La structure proprement dite de l’icône sacramentelle est une formule verbale qui l’accompagne.
  • Il faut distinguer dans cette formule le corps invariant (l’institution en remonte immédiatement ou médiatement au Christ et ne peut être changé) et ce qui peut changer.

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