L’icône sacrementelle requiert-elle des paroles déterminées (des formules) ?

lundi 14 juillet 2014, par theopedie

En bref : Jésus, a institué les sacrements, en prononçant des paroles déterminées. Pour l’eucharistie, il a : « Ceci est mon corps » (Mt 26, 26). De même, il a donné ordre à ses disciples de baptiser sous structure verbale déterminée (Mt 28, 19) : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. » Des formules sont donc requises.

 Thèse

On vient de le voir : dans le sacrement, les paroles se comportent à la façon d’une structure et les réalités matérielles à la façon d’une matière. Or, dans tout ce qui est composé de matière et de structure, le principe de détermination est du côté de la structure, laquelle est en quelque sorte la fin et le terme de la matière. Aussi ce qui est requis tout d’abord et à titre de principe pour qu’une réalité existe, c’est une structure déterminée ; car une matière déterminée n’est requise que pour être proportionnée à la structure déterminée. Puisque les sacrements requièrent des réalités matérielles déterminées qui s’y comportent comme une matière, ils requièrent bien davantage une structure verbale déterminée : une formule.

 Objections et contre-objections

1. Il ne semble pas car, d’après le Philosophe « Les mots ne sont pas les mêmes chez tous. » Mais le salut que l’on demande par les sacrements est le même chez tous. Des paroles déterminées ne sont donc pas requises dans les sacrements.

  • Selon S. Augustin « la parole opère dans les sacrements, non parce qu’elle est dite », c’est-à-dire non pas selon le son extérieur du mot, « mais parce qu’elle est crue » c’est-à-dire selon le sens des paroles auquel la foi s’attache. Et c’est ce sens qui est le même pour tous, malgré la diversité des sons. Un tel sens peut donc s’exprimer dans les paroles de n’importe quelle langue ; le sacrement ne s’en réalise pas moins.

2. Les sacrements requièrent des paroles en tant que celles-ci sont significatives au premier chef, nous venons de le dire. Mais il arrive que la même réalité soit signifiée par des paroles différentes ; des paroles déterminées ne sont donc pas requises.

  • Sans doute, en toute langue, la même réalité peut être signifiée par des mots divers. Cependant il y a toujours un mot que cette langue emploie de préférence et plus communément pour signifier telle réalité. Et c’est ce mot qu’on doit affecter à la signification sacramentelle. De même pour les réalités matérielles : on affecte à la signification sacramentelle celles qu’on emploie le plus communément pour l’acte qui signifie l’effet du sacrement. Ainsi, comme on emploie communément de l’eau pour l’ablution corporelle, signe d’ablution spirituelle, c’est de l’eau qu’on prend comme matière du baptême.

3. Ce qui déstructure une réalité change son espèce. Mais certains déstructurent les paroles en les prononçant ; on ne croit pourtant pas que l’effet des sacrements en soit empêché. Sans quoi les ignorants et les bègues qui administrent les sacrements les rendraient fréquemment nuls. C’est donc que les sacrements ne requièrent pas des paroles déterminées.

  • Celui qui déstructure les paroles sacramentelles, s’il le fait exprès, semble bien ne pas avoir l’intention de faire ce que fait l’Église, et vraisemblablement le sacrement ne se réalise pas.

Dans le cas d’erreur ou de lapsus linguae, si cette déstructuration va jusqu’à détruire entièrement le sens de la phrase, il ne semble pas que le sacrement se réalise. Cela arrive surtout quand cette altération atteint le commencement du mot, par exemple, si au lieu de « in nomine Patris », on dit « in nomine Matris ». Mais si cette corruption ne détruit pas entièrement le sens de la phrase, le sacrement se réalise néanmoins. Cela arrive surtout quand l’altération atteint la désinence, par exemple si on dit : « in nomine Patrias et Filias ». Sans doute ces mots ainsi défigurés n’ont pas de signification en vertu d’une institution quelconque, mais on concède qu’ils en ont une selon que l’usage s’en accommode. Et c’est pourquoi, malgré le changement pour l’oreille, le sens demeure le même.

Ce qu’on a dit sur la différence entre la déformation située au début ou à la fin d’un mot s’explique du fait que, chez nous, le changement du début d’un mot change sa signification, ce qui n’est pas le cas pour le changement d’une désinence. Mais chez les Grecs il y a aussi, des changements au début du mot dans la conjugaison des verbes. Cependant, plus qu’à la place de l’altération, c’est à son importance qu’il faut prendre garde ; car, soit au commencement soit à la fin du mot, elle peut être assez légère pour ne pas détruire le sens des paroles ou, au contraire, assez importante pour le détruire. Mais le premier cas se produit plus facilement du côté du début, et le second cas du côté de la fin.

P.-S.


La rubrique suivante est extraite de la somme théologie (IIIa q.60), laquelle parle de l’aspect locutoire des sacrements. La réponse de saint Thomas a été ici reformulée en terme de structure et d’icône. :
  • Le rite, dans son aspect matériel, fait partie intégrante du signe sacramentel .
  • Le rite, dans son aspect matériel, est encore relativement indéterminé (l’eau du baptême peut signifier tout aussi bien l’ablution, le nettoyage, le rafraîchissement, etc).
  • La signification de l’icône sacramentelle a donc encore besoin d’être structurée par une parole supplémentaire.
  • La structure proprement dite de l’icône sacramentelle est une formule verbale qui l’accompagne.
  • Il faut distinguer dans cette formule le corps invariant (l’institution en remonte immédiatement ou médiatement au Christ et ne peut être changé) et ce qui peut changer.

Répondre à cet article