L’icône sacramentelle requiert-elle une réalité matérielle déterminée ?

dimanche 13 juillet 2014, par theopedie

En bref : Le Seigneur a dit (Jn 3, 5) « Si quelqu’un ne renaît de l’eau et de l’Esprit Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Il est donc requis pour le baptême une réalité matérielle déterminée. La même remarque vaut pour les autres sacrements.

 Thèse

On peut considérer deux aspects dans la pratique des sacrements : la louange divine et la consécration de l’homme à Dieu. Le premier point de vue regarde l’homme dans ses rapports avec Dieu. Le second, à l’inverse, regarde Dieu dans ses rapports avec l’homme. Personne n’est chargé de fixer des règles dans ce qui dépend du pouvoir d’un autre, mais seulement dans ce qui est en son pouvoir. Donc puisque la consécration de l’homme est au pouvoir de Dieu, qui consacre, l’homme n’est pas juge de ce qu’il doit employer pour sa consécration, et c’est à l’institution divine de le déterminer. C’est pourquoi, dans les sacrements de la nouvelle loi qui consacrent les hommes, selon la parole de S. Paul (1 Co 6, 11) : « Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés », les réalités qu’on y emploie doivent être déterminées médiatement ou immédiatement par l’institution divine.

 Objections et contre-objections

1. Il semble que non, car, on vient de le voir, on emploie dans les sacrements des réalités matérielles pour leur signification. Or, rien n’empêche diverses réalités matérielles d’avoir une signification identique. C’est ainsi que la Sainte Écriture emploie pour désigner Dieu diverses métaphores : rocher, lion, soleil, etc. Il semble donc que des choses diverses pourraient convenir pour le même sacrement et que des réalités déterminées ne sont pas requises.

  • Il est vrai que la même réalité peut être signifiée par des signes divers. Mais déterminer quel signe doit servir à cette signification, cela regarde l’auteur de cette consécration. Or, c’est Dieu qui nous signifie des réalités spirituelles par des réalités matérielles dans les sacrements, et par des expressions métaphoriques dans l’Écriture. Donc, de même que le Saint-Esprit a décidé l’emploi de métaphores déterminées pour signifier des réalités spirituelles dans tel passage de l’Écriture, de même c’est l’institution divine qui doit déterminer pour tel ou tel sacrement l’emploi des réalités chargées de signification.

2. Le salut de l’âme est plus nécessaire que la santé du corps. Or, pour les remèdes matériels destinés à la santé du corps, on peut employer une chose à défaut d’une autre. A beaucoup plus forte raison, dans les sacrements qui sont des remèdes spirituels destinés au salut de l’âme, pourra-t-on prendre une chose à défaut d’une autre.

  • Les réalités matérielles possèdent en elles-mêmes par un don de la nature les vertus qui les rendent bonnes pour la santé du corps. Si deux d’entre elles possèdent la même vertu, peu importe donc qu’on emploie l’une ou l’autre. Tandis qu’elles ne sont ordonnées à la consécration par aucune vertu naturelle contenue en elles, mais seulement par institution divine. Il a donc fallu que Dieu déterminât quelles réalités matérielles on emploierait dans les sacrements.

3. Il ne convient pas que le salut de l’homme soit restreint par la loi divine et surtout par la loi du Christ qui est venu sauver tous les hommes. Or, sous le régime de la loi de nature, la pratique des sacrements ne requérait pas des choses déterminées : on employait celles qu’on voulait. C’est ce qu’on voit dans la Genèse (28, 20), où Jacob s’engage envers Dieu par le voeu de lui offrir des dîmes et des sacrifices pacifiques. Il semble donc que, surtout dans la loi nouvelle, l’homme ne doit pas être contraint par l’obligation d’employer pour les sacrements des choses déterminées.

  • A des temps différents, selon S. Augustin, conviennent des sacrements différents, comme aussi on emploie des structures verbales différentes (présent, passé ou futur) pour signifier des temps différents. Sous la loi de nature une inspiration intérieure, sans nulle loi imposée du dehors, portait les hommes à honorer Dieu ; de même une inspiration intérieure déterminait quelles réalités matérielles employer à ce culte. Mais la promulgation d’une loi extérieure fut ensuite rendue nécessaire parce que les péchés des hommes avaient obnubilé cette loi de nature, et aussi afin que la grâce du Christ qui sanctifie le genre humain, fût signifiée d’une façon plus expressive. Il fut donc nécessaire de déterminer quelles réalités les hommes emploieraient dans les sacrements. La voie du salut n’en est pas resserrée, car les sacrements ne requièrent que des réalités usuelles, ou du moins que l’on peut facilement se procurer.

P.-S.


La rubrique suivante est extraite de la somme théologie (IIIa q.60), laquelle parle de l’aspect locutoire des sacrements. La réponse de saint Thomas a été ici reformulée en terme de structure et d’icône. :
  • Le rite, dans son aspect matériel, fait partie intégrante du signe sacramentel .
  • Le rite, dans son aspect matériel, est encore relativement indéterminé (l’eau du baptême peut signifier tout aussi bien l’ablution, le nettoyage, le rafraîchissement, etc).
  • La signification de l’icône sacramentelle a donc encore besoin d’être structurée par une parole supplémentaire.
  • La structure proprement dite de l’icône sacramentelle est une formule verbale qui l’accompagne.
  • Il faut distinguer dans cette formule le corps invariant (l’institution en remonte immédiatement ou médiatement au Christ et ne peut être changé) et ce qui peut changer.

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