L’homme peut-il atteindre le bonheur ?

dimanche 23 août 2015, par theopedie

En bref : Oui, car il est dit dans le Psaume (94, 12) : « bienheureux l’homme que tu as instruit, Seigneur. »

 Explications :

Le mot bonheur désigne le déploiement de la perfection dans sa plénitude. Ainsi, quiconque est capable de la perfection dans sa plénitude peut parvenir au bonheur. Or, la preuve que l’homme est capable de la perfection dans sa plénitude, c’est que son esprit, par son amplitude, peut embrasser la perfection dans son universalité même, et de même, sa liberté peut y aspirer. C’est pourquoi l’homme peut atteindre le bonheur.

Cette possibilité du bonheur résulte également de ce que l’homme est capable de voir la nature divine comme nous l’avons dit dans la première Partie, et comme nous l’avons de même dit le bonheur dans sa plénitude consiste dans cette vision de Dieu.

 Objections et solutions :

1. Il semble que le bonheur soit hors de notre portée. En effet, de même que la nature consciente est au-dessus de la nature animale, ainsi la nature purement spirituelle est au-dessus de la nature consciente, comme l’explique fréquemment Denys (in libro de Div. Nom.). Or les animaux sans conscience, qui n’ont qu’un psychisme matériel, ne peuvent parvenir à l’idéal de la créature consciente. Donc l’homme non plus, qui n’est qu’une nature consciente, ne peut parvenir à l’idéal de la nature purement spirituelle, qui est le bonheur.

• La nature consciente dépasse la nature animale d’une autre manière que la nature purement spirituelle ne dépasse la nature consciente. La nature consciente dépasse en effet la nature animale quant à ce qui stimule sa connaissance, puisque l’animalité ne peut connaître que le particulier et non l’universel, lequel est le facteur stimulant de la raison consciente. Quant à la nature purement spirituelle, c’est uniquement par le mode de connaissance de cette même vérité intelligible qu’elle dépasse la nature dont la conscience est discursive ; car la nature purement spirituelle saisit de manière intuitive la vérité à laquelle la nature consciente ne s’élève qu’au terme d’un raisonnement et d’une abstraction, comme nous l’avons dit dans la première partie. Et c’est ainsi que la conscience n’aboutit que par un cheminement à ce que l’esprit pur saisit aussitôt. Aussi, la nature dont la conscience est discursive peut-elle parvenir au même bonheur que celui de la nature spirituelle, mais d’une manière qui n’est pas celle des anges. En effet, les anges ont possédé ce bonheur tout de suite après leur création tandis que les hommes n’y arrivent qu’au terme d’une histoire personnelle. Quand à la nature animale, elle ne peut atteindre cet idéal universel de quelque manière que ce soit.

2. Le vrai bonheur consiste dans la vision de Dieu, qui est la vérité pure. Or il est dans la nature de l’homme de ne voir la vérité qu’à travers les choses matérielles, si bien qu’il « puise ses concepts à partir de ses perceptions », dit Aristote. Donc il ne peut parvenir au bonheur.

• Sans doute il est naturel à l’homme, dans l’état de la vie présente, de connaître la vérité intelligible au moyen de perceptions ; mais dans dans la vie éternelle, nous connaîtrons par un autre mode, nous l’avons dit dans la première Partie.

3. Le bonheur consiste dans la réalisation de la perfection suprême. Or nul ne peut s’élever à ce qui est suprême s’il ne peut surpasser les degrés intermédiaires. Donc comme entre Dieu et la nature humaine se trouve placée la nature angélique, que l’homme ne peut surpasser, il semble que celui-ci ne puisse parvenir au bonheur.

• Il est vrai que l’homme ne peut pas surpasser les anges quant à leur nature ; mais il peut les surpasser par l’activité de son esprit, lorsqu’il conçoit qu’il existe quelque chose au-dessus des anges, et s’il parvient à cette réalité absolue, son bonheur sera absolu lui-aussi.

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