L’homme peut-il atteindre le bonheur par ses forces naturelles ?

jeudi 27 août 2015, par theopedie

En bref : L’homme est naturellement à l’origine de ses actes par son esprit et sa liberté. Or le bonheur ultime promis aux saints dépasse ce que peut atteindre l’esprit et la liberté d’un homme laissé à ses seules forces, ce qui fait dire à l’Apôtre (1 Co 2, 9) : « L’œil de l’homme n’a pas vu, son oreille n’a pas entendu et son cœur n’a pas imaginé ce que Dieu prépare pour ceux qui l’aiment. » Donc l’homme, par ses force naturelles, ne peut acquérir le bonheur.

Un bonheur partiel peut être atteint sur terre par l’homme par ses seules forces naturelles, selon les valeurs qu’il peut atteindre par ses seules forces et qui sont à la source de ce bonheur, ce dont nous aurons à parler plus loin. Mais le bonheur dans sa plénitude consiste, comme il a été dit dans la vision de la nature divine. Or, voir Dieu dans sa nature dépasse non seulement la condition humaine, mais celle de toute créature, comme nous l’avons montré dans la première Partie. En effet, la connaissance naturelle de chaque créature est conforme à sa manière d’être. Or la connaissance qui résulte du mode d’être créé est impuissante à voir la nature incréée, puisque celle-ci dépasse par son caractère absolu toute substance créée. Donc ni l’homme ni aucune créature ne peut acquérir le suprême bonheur par ses forces naturelles.

Objections et solutions :

1. Il semble que l’homme puisse obtenir le bonheur par ses forces naturelles. Car la nature pourvoit aux choses nécessaires, et rien n’est plus nécessaire à l’homme que ce qui lui permet d’atteindre son idéal suprême. Donc, la nature a dû pourvoir à cela aussi. Aussi, l’homme par ses forces naturelles, peut atteindre le bonheur.

• Sans doute la nature ne fait pas défaut à l’homme dans les choses nécessaires ; pourtant elle ne l’a pas pourvu d’armes et de vêtements comme elle l’a fait pour les autres animaux ; mais elle lui a donné l’intelligence et des mains pour acquérir ces choses. De même la nature ne fait pas défaut à l’homme en ne lui donnant pas le moyen d’atteindre spontanément le bonheur, car cela était impossible ; mais elle lui a donné une autonomie morale, grâce à laquelle il peut se tourner vers Dieu qui le rendra bienheureux. Et comme dit Aristote : « Ce que nous pouvons par nos amis, c’est par nous-mêmes, en quelque sorte, que nous le pouvons. »

2. L’homme étant supérieur aux créature privées de conscience, ses moyens sont d’autant plus supérieurs. Or ces créatures peuvent parvenir à leurs fins par leurs forces naturelles. Donc l’homme, bien davantage, peut obtenir le bonheur par ses forces naturelles.

• La condition d’une chose qui pourrait atteindre grâce à un secours extérieur la plénitude de la perfection est d’une condition supérieure à la condition d’une chose qui ne pourrait pas atteindre cette plénitude, même si elle pouvait atteindre à la place une perfection partielle sans le secours de personne. Ainsi, celui qui peut obtenir une santé parfaite grâce à la médecine, est dans une meilleure condition que celui qui ne peut obtenir de lui-même qu’une santé partielle. Voilà pourquoi la créature consciente, pouvant prétendre à la plénitude du bonheur moyennant la grâce de Dieu, est supérieure à la créature privée de conscience qui n’est pas capable d’une telle perfection, mais seulement d’une perfection partielle par les seules forces de sa nature.

3. « Le bonheur, c’est l’action dans sa plénitude », selon l’expression du Philosophe. Or, c’est une même cause qui permet de commencer et d’achever. Donc, puisque c’est une activité inachevée qui est le point de départ de l’activité humaine, et que cette activité est soumise au pouvoir naturel de l’homme (ce qui le rend d’ailleurs responsable de ses actes), il semble que, par ce même pouvoir naturel, l’homme puisse parvenir à l’activité pleine et entière qu’est le bonheur.

• Incomplétude et plénitude procèdent d’une même cause s’ils sont de même espèce. Mais cette communauté de cause ne s’impose plus quand ils sont d’une espèce différente. En effet, tout ce qui peut préparer une matière à recevoir une certaine plénitude n’est pas pour autant capable de lui procurer cette plénitude. Or l’action partielle qui est soumise au pouvoir naturel de l’homme n’est pas de la même espèce que l’activité pleine et entière qui constitue le bonheur, puisque l’espèce de l’activité dépend de ce qui la stimule. C’est pourquoi l’objection ne porte pas.

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