L’homme parvient-il au bonheur grâce à l’aide d’une créature supérieure ?

vendredi 28 août 2015, par theopedie

En bref : Non, car on lit dans le Psaume (84, 12) : « Le Seigneur donnera la grâce et la gloire. »

Puisque toute créature est soumise aux lois de la nature et a, de ce fait, une puissance et une action limitées, ce qui transcende la nature créée ne peut donc pas être réalisé par la puissance d’une créature. Par conséquent, s’il faut réaliser quelque chose qui transcende la nature, cela s’obtient grâce à Dieu directement, de même que la résurrection d’un mort, le retour d’un aveugle à la vue, etc. Or nous avons montré que le bonheur est une perfection supérieure à toute la création. Il est donc impossible que l’homme atteigne le bonheur par l’action d’une créature. C’est par l’action de Dieu seul que l’homme parvient au bonheur, si nous parlons du bonheur dans sa plénitude. Mais si nous parlons du bonheur partiel, il en va de lui comme de la qualité de l’activité dont il émane.

Objections et solutions :

1. Il semble que l’homme puisse être rendu bienheureux par l’action d’une créature supérieure, c’est-à-dire d’un ange. En effet, il existe deux sortes d’ordre dans les choses : un ordre immanent qui articule entre elles les divers éléments de l’univers, et un ordre transcendant qui rattache par un juste rapport tout l’univers à une perfection qui lui est supérieure. Or, l’ordre immanent dépend de l’ordre transcendant en qui se trouve son idéal, de la même manière que l’ordre des éléments d’une armée trouve son idéal dans la manière d’elle se rapporte à son chef. Mais l’ordre immanent des éléments de l’univers s’exerce en descendant des créatures supérieures aux créatures inférieures, comme nous l’avons dit dans la première partie, et le bonheur consiste dans le juste rapport de l’homme à la perfection qui est extrinsèque à l’univers, et qui est Dieu. Donc c’est par l’action d’une créature supérieure, celle de l’ange sur l’homme, que celui-ci est parvient au bonheur.

• Ce qui arrive le plus souvent, quand des divers forces réalisent un ordre, c’est qu’il appartient à la force la plus élevée de guider l’ensemble à ce idéal suprême, alors que les forces inférieures contribuent à ce résultat en créant un environnement favorable. Ainsi l’art de la navigation préside à l’art des constructions navales, et c’est lui qui permet de guider le navire construit. Ainsi, dans l’ordre universel, l’homme est aidé par les anges à atteindre cet idéal suprême en tant que ces anges contribuent à créer un environnement favorable ; mais il parvient à l’idéal suprême par l’action direct du premier agent, qui est Dieu.

2. Une certaine réalité à l’état potentiel peut être amenée à l’acte par une autre réalité en acte et dont l’acte lui correspond, par exemple, ce qui est potentiellement chaud devient en acte par l’action d’une source de chaleur en acte. Or l’homme connaît le bonheur de manière potentielle. Donc il peut être rendu bienheureux en acte par l’ange qui est lui-même heureux en acte.

• C’est pour autant qu’une structure est possédée qu’elle peut être transmise, et non pas en tant qu’elle est participée. Or la lumière de gloire par laquelle on voit Dieu, est bien en Dieu d’une manière pleine et entière et selon son être naturel ; mais dans une créature elle n’existe que de manière incomplète, par ressemblance ou participation. De là vient que nulle créature bienheureuse ne peut communiquer son bonheur à une autre.

3. Le bonheur consiste, nous l’avons dit dans une activité de l’esprit. Or nous avons dit également, dans la première partie, que l’ange peut éclairer l’esprit de l’homme : donc l’ange peut rendre l’homme bienheureux.

• L’ange, du sein de son bonheur, peut éclairer l’esprit de l’homme, et aussi celui d’un ange inférieur, en ce qui concerne certains aspects des oeuvres divines ; mais non pas quant à la vision de la nature divine elle-même, comme nous l’avons montré dans la première partie. Pour obtenir cette vision, tous sont immédiatement illuminés par Dieu.

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