L’histoire d’Adam et Ève est-elle une histoire vraie ?

vendredi 17 janvier 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

Dans la tradition chrétienne, et ce jusqu’au XIXe siècle, la quasi-totalité des commentateurs de la Bible pensaient que le récit d’Adam et Ève admettait une lecture fondamentaliste et tous les détails étaient à prendre au pied de la lettre : l’arbre de la vie était une véritable panacée (Augustin) ; le serpent pouvait vraiment parler (Bède le vénérable) et si le jardin d’Éden n’était pas encore retrouvé, c’est qu’il était séparé de nous par des montagnes infranchissables (Thomas d’Aquin).
Il est impossible aujourd’hui d’avoir une telle lecture : les satellites ont photographié toute la terre et aucun arbre de vie n’a été retrouvé. Si l’on ne saurait être dur envers les commentateurs bibliques du Moyen-Âge qui n’avaient aucune idée de l’évolution et de la cosmologie moderne, en revanche, on ne saurait admettre une lecture moderne fondamentaliste, laquelle refléterait davantage d’ignorance que de piété. Citons ce même Augustin :

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Saint Augustin
Botticeli, 1480, Florence

Lorsqu’en des matières qui leur sont parfaitement connues, des incroyants surprennent un chrétien en flagrant délit d’erreur et le voient tenir des propos inconsistants en se réclament de nos saints Livres, comment pourront-ils croire ce que disent ces Livres de la résurrection des morts, de l’espérance de la vie éternelle et du royaume des cieux, s’ils pensent que ces écrits renferment nombre d’erreurs sur des choses qu’on peut dès maintenant connaître par expérience et prouver par des raisons indubitables (La Genèse au sens littéral, I,20,40)

Cela étant dit, si l’histoire d’Adam et d’Ève n’est pas à prendre au premier degré, il n’en reste pas moins qu’elle n’est pas un mythe et qu’elle renvoie, à sa façon, à un événement réellement historique. Plutôt que d’« histoire vraie », nous préférons qualifier ce récit de « poème historique ».

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