L’argument du Kalam est-il valide ?

jeudi 5 septembre 2013, par theopedie

D’après William Craig, à qui cet argument doit sa vitalité récente, l’argument du Kalam repose de manière cruciale sur les prémisses suivantes :

  1. Un nombre infini de choses physiques ne peut pas exister
  2. Une série sans commencement d’événements temporels implique l’existence d’un nombre infini de choses physiques (à savoir des événements).
  3. Donc, une série sans commencement d’événements temporels ne peut exister.

Toutefois ces prémisses semblent sujettes à caution, et à cause des critiques qui peuvent leur être adressées, il semble qu’il faille considérer cet argument comme invalide.

L’infini en acte

Une série infinie de causes peut ne pas avoir de commencement : il suffit que pour tout événement, il soit possible de remonter en arrière d’un événement qui le cause. Si une telle série peut exister, alors l’argument du Kalam est réfuté : rien ne permet de dire qu’il faille obligatoirement s’arrêter à un premier moteur. Ainsi, l’argument du Kalam présuppose l’impossibilité des infinis physiques.

Pour argumenter contre les infinis en acte, les partisans du Kalam énoncent les paradoxes associés à l’infini en acte : l’hôtel de Hilbert, la multiplication des infinis entre eux, etc. Il n’est toutefois pas évident que ces paradoxes soient de véritables arguments : tous reposent en effet sur la non-distinction des cardinaux et des ordinaux. Une fois cette distinction faite, ces paradoxes s’évanouissent.

Prenons par exemple un paradoxe simple : soit l’ensemble des entiers naturels N. Cet ensemble contient une infinité d’entier (noté ∞). Si je prends l’ensemble des entiers pairs, j’obtiens une infinité d’entier ∞. De même avec les entiers impairs. D’où le paradoxe ∞ = ∞ + ∞.

Ce paradoxe s’évanouit si l’on considère que l’on manipule en réalité des ensembles différents. L’ensemble des entiers est en effet l’ensemble 0,1,2,3,4,5 .... Distinguer entiers pais et entiers impairs revient à réordonner cet ensemble ainsi : 0,2,4...,1,3,5.... Cette manière de réordonner les entiers obligent à parler d’ensemble et donc d’ordinaux différents : α dans le premier cas et 2α dans le deuxième cas avec α ≠ 2α . Mais si l’on considère ces deux ensembles indépendamment de la façon dont sont ordonnés les nombres, alors les deux ensembles sont les mêmes et nous sommes dans le cas des ordinaux. Ceux-ci sont définit par une arithmétique spéciale : ℵ0 = ℵ0 + ℵ0. Ainsi, avec cette distinction, il n’y a pas de paradoxe : il y a seulement des nombres définis par une arithmétique particulière et d’autres nombres définis par une autre arithmétique. De proche en proche, on peut conclure au fait qu’il n’y a pas d’impossibilité logique à admettre des infinis physiques.

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Chuck Norris et l’infini
Si Chuck Norris l’a fait, pourquoi pas Dieu ?

Peut-être une telle infinité n’existe pas de fait : après tout, les mesures des physiciens permettent de donner un âge au monde et de compter le nombre d’atome dont est composé notre univers. L’univers semble donc bien fini. Mais il faudrait encore distinguer si l’absence d’une telle infinité n’est pas liée à notre façon de mesurer et de découper le réel. Toujours est-il que l’argument du Kalam dit quelque chose de fort, à savoir : non pas qu’une telle infinité n’existe pas de fait, mais qu’une telle infinité ne peut exister de droit. Or rien ne permet d’affirmer ceci.

De plus, s’il est impossible que les infinis physiques existent, alors il est aussi impossible d’accorder à Dieu quelque forme d’infinité que ce soit. Ceci paraît être une limitation indue à l’omnipotence divine : pourquoi Dieu ne pourrait-il pas créé une infinité en acte ? Et les nombres ainsi que tous les possibles n’existent pas dans l’esprit divin ? et ne sont-ils pas une infinité ?

La notion de temps

La notion de temps sur laquelle repose l’argument est aussi très particulière :

[The argument of Kalam] presuppose a certain view of time which is variously called the tensed of dynamic or, following the convenient nomenclature of J. M. E. McTaggart, who firt distinguished these views of time, the A-Theory of time. According to the A-Theory, things/events in time are not equally real : the future does not yet exist and the past no longer exists ; only things which are present are real. Temporal becoming is an objective feature of reality : things come into being and go out of being. By contrast, on what McTaggart called the B-Theory of time or the tenseless or static theory of time, all events in time are equally real, and temporal becoming iis an illusion of human consciousness. Pastenss, presentness, and futury are at most relative notions (Willima Craig, Reasonable Faith)

Le problème de cette théorie de temps est triple.

  • Cette théorie rend l’argument dépendant d’une position philosophique particulière. L’argument perd en force, en conviction et en universalité.
  • La théorie A du temps semble n’être pas compatible avec la science : la théorie de la relativité impose une conception B du temps.
  • Les récents travaux de Hawkins montre comment le temps lui-même n’est pas un cadre absolu mais a commencé à exister.

(Quand à la critique adressée à la théorie B du temps, elle repose sur une dépréciation philosophique indue de la notion de relation).

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