L’argument cosmologique est-il identique au Kalam ?

vendredi 13 septembre 2013, par theopedie

En bref : Un reproche souvent formulé contre l’argument cosmologique est d’être une version « déguisée » de l’argument du Kalam. Et, puisque l’argument du Kalam n’est pas un argument valide, l’argument cosmologique ne serait pas non plus un argument valide. Ce reproche n’est toutefois pas fondé.

L’argument cosmologique est différent de l’argument du Kalam pour les deux raisons suivantes :

1) L’argument du Kalam suppose pour sa validité l’impossibilité d’un infini actuel. De là [une certaine fragilité>237] infectant l’argument du Kalam. L’argument cosmologique admet toutefois la possibilité d’un infini en acte et est, de ce fait, un argument plus robuste.

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L’argument du Kalam
La série est bornée donc finie et le premier moteur appartient à cette série.


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L’argument cosmologique
La série des effets peut être infinie, Dieu appartient à une autre catégorie de réalité et la causalité est immédiate et plus profonde que la causalité physique

2) L’argument du Kalam parle d’un premier moteur créant le monde par causalité physique ou « causalité efficiente ». Autrement dit, l’agument du Kalam met la création sur le même plan que les causes étudiées par la science physique. Dieu devient ainsi un objet de science naturelle, au même titre que le Big Bang ou que tout autre événement physique. Dans l’argument cosmologique au contraire, la causalité dont il est question est une causalité existentielle (ou « causalité métaphysique ») : si la réalité est contigente, c’est qu’elle ne possède pas de soi l’existence. Mais alors d’où vient son existence ? Dire que cette existence provient d’une autre réalité contingente ne fait rien à l’affaire : une cause contingente peut expliquer comment et dans quelles circonstances quelque chose apparaît, mais elle ne peut expliquer le fait que cette chose puisse en premier lieu exister. C’est pourquoi l’argument postule une cause existentielle plus profonde que la cause physique et affirme l’existence d’une source même de l’existence à laquelle participent les réalités historiques et contingentes. Ainsi pensée, la création ne signifie pas d’abord une intervention physique de Dieu (même si une telle possibilité reste ouverte) mais une dépendance existentielle.

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