L’argument cosmologique est-il compatible avec la mécanique quantique ?

mardi 10 septembre 2013, par theopedie

La mécanique quantique est parfois utilisée comme argument contre l’universalité de la causalité. En effet, la mécanique quantique soulève deux problèmes quant à la causalité : l’indéterminisme lors de l’effondrement d’une onde (dans l’interprétation de Copenhague), et le théorème de l’inégalité de Bell.

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L’effondrement d’une onde quantique
due à une mesure locale.

L’indéterminisme observé lors des transitions quantiques ne contredit pas l’axiome 7 de l’argument cosmologique car nous ne faisons pas l’hypothèse que les causes nécessitent leurs effets : de fait, je ne suis pas loin de penser cette hypothèse incohérente (si « nécessite » est entendu au sens fort). Selon l’interprétation de Copenhague de la mécanique quantique, chaque transition d’un système a des antécédents causaux : l’état précédent de l’onde quantique, dans le cas de l’évolution de Schrödinger, ou l’état précédent de l’onde quantique plus l’observation, dans le cas de l’effondrement d’un paquet d’ondes. Quant aux inégalités de Bell, elles démontrent que les données décrites par la mécanique quantique obligent à rejeter l’un des trois principes suivants :

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  • Les influences causales ne reculent jamais dans le temps.
  • Les influences causales ne vont jamais plus vite que la vitesse de la lumière.
  • Chaque corrélation fiable (projetable) a une explication causale.

Dans les discussions sur les inégalités de Bell, le troisième principe est parfois qualifié de loi de « causalité ». Il est, cependant, beaucoup plus fort que notre axiome 7. Nous n’avons nulle part supposé (comme l’implique le troisième principe) qu’une cause fasse toujours écran (screen off au sens de Reichenbach) entre ses effets et ses états non-postérieurs. Les inégalités de Bell sont simplement une autre démonstration de l’impossibilité de réduire la causalité à une relation statistique. Elles ne soulèvent pas de difficultés pour une conception réaliste de la causalité comme celle qui est ici supposée. À mon avis, la réponse la plus raisonnable aux inégalités de Bell serait de limiter un ou plusieurs de ces trois principes aux phénomènes macroscopiques (à grande échelle ou classiques) et de les reformuler sous forme de règle révisable (permettant des exceptions).

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L’axiome 7 implique que chaque fait entièrement contingent soit causé : il n’implique pas que chaque corrélation doive être expliquée. Par exemple, supposons que vous et moi nous rencontrions (par coïncidence) au marché. Notre rencontre a une cause, qui est simplement la somme de ce qui cause votre présence en ce moment-là et de ce qui cause ma présence en ce moment-là. Et pourtant, il se peut que notre présence conjointe en ce moment-là n’ait aucune explication. Il se pourrait même que nous nous y rencontrions de manière régulière et répétée sans que ces coordinations répétées n’aient d’explication causale. De même, les corrélations statistiques décrites par la mécanique quantique peuvent (pour autant que je sache) rester à jamais mystérieuses. Nous pouvons ne trouver aucune cause les expliquant. Néanmoins, les observations individuelles intervenant dans chaque paire corrélée ont certainement encore des causes.

L’expérience d’Alain Aspect et Inégalités de Bell
Une autre option est « simplement » d’opter pour la non-localité des particules.
Jean-Claude Audet

P.-S.

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Un nouveau regard sur l’argument cosmologique
Robert C. Koons
trad. Paul Adrien d’Hardemare

La meilleure version de l’argument cosmologique que nous ayons trouvée à ce jour nous semble être la version développée par Robert C. Koons dans l’article A New Look at the Cosmological Argument (1996). Le texte ci-dessus est un extrait de cet article, reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et traduit par Paul Adrien d’Hardemare. Merci de le citer avec ces références : Un nouveau regard sur l’argument cosmologique, Robert C. Koons, 1996, trad. Paul Adrien d’Hardemare.

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