L’amour procède-t-il de la perfection ou de l’unité ?

jeudi 23 juin 2016, par theopedie

Certes l’amour est engendré par le désir d’une perfection connue, mais tout ce qui est parfait ne suscite pas pour autant l’amour : un homme ne désire simpliciter pas la perfection d’un animal. Il faut encore que cette perfection soit l’écho d’une certaine ressemblance. Plus précisément, il faut que cette perfection nous « concerne » pour qu’elle fasse l’objet d’un amour. C’est ainsi que l’amour est ultimement fondé sur une certaine unité. On peut décrire l’unité existentielle sur laquelle repose l’amour par ces mots d’ « harmonisation » et de « complaisance ».

Par harmonisation, on veut décrire une certaine « mise en résonance » (coadaptatio). Si le cœur s’émeut, c’est qu’il y a entre l’objet aimé et le cœur qui l’aime une affinité mystérieuse : voyant une perfection, cette perfection suscite en moi un « écho ». On peut décrire cette résonance comme une mise à l’unisson, la réalisation d’une harmonie parfaite. Dans cette harmonie, se manifeste, non pas ici sur le plan psychologique, mais dans le domaine plus profond de l’être, par la connaturalité, par l’explicitation d’une parenté existentielle unissant l’amant et l’aimé. C’est ce phénomène que perçoivent confusément deux êtres qui, mis en présence l’un de l’autre pour la première fois, ont le sentiment de s’être toujours connus .

La délectation, la complaisance, la « tendresse » (complacentia) est l’aspect psychologique de cette parenté ontologique. La mystérieuse affinité affleurant au champ de la conscience produit dans le cœur cette orientation savoureuse de l’aimant vers l’aimé. Cette facette de l’amour en est l’une des sensibles et des plus caractéristiques : le sujet aimant prend conscience de toutes ces forces qui, en lui, étaient prêtes à se laisser émouvoir par l’objet. Il se complaît en cet objet qui l’enserre en des liens secrets et il éprouve pour lui une tendresse profonde. Ce n’est pas encore la joie de la possession parfaite, mais la joie de la possession anticipée, d’une union mystérieuse propre à l’amour.

P.-S.

Les articles traitant de la Charité trouvent leur source dans :

  • La somme de Théologie IIa IIae et des notes du père Noble (Revue des Jeunes)
  • Cours de théologie morale (tome 2) du père Labourdette
  • du manuel d’introduction à la théologie (théologie morale) du Saulchoir

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