Trouve-t-on de la liberté dans l’activité humaine ?

lundi 31 août 2015, par theopedie

En bref : Jean le Damascène déclare : « Est libre ce qui relève de l’activité consciente ». L’activité humaine comporte une certaine liberté.

L’activité humaine comporte une certaine liberté, car l’activité humaine trouve en l’homme sa propre origine.

Commençons, pour bien le voir, par distinguer les êtres dont l’activité est d’origine intrinsèque et ceux dont l’activité est d’origine extrinsèque. En effet, tout ce qui agit, agit pour optimiser un objectif, comme on l’a établi précédemment. Ceux-là donc auront une activité dont l’origine est intrinsèque qui ont un principe (1) intrinsèque, (2) les poussant à agir et (3) les poussant à agir de manière optimale. Or, pour que quelque chose soit réalisée de manière optimale, il faut que l’optimum à atteindre soit connu d’une manière ou d’une autre. Ainsi, celui qui agit de soi-même parce qu’il perçoit un optimum à atteindre, possède en lui-même l’origine de son activité. Inversement, quelque chose qui agit, mais sans percevoir l’optimalité de son but, eût-elle en soi le principe de son activité physique, ne possède pas de principe intrinsèque d’action optimale, mais ce principe lui provient, pour ainsi dire, d’autre part. Aussi, on dit parfois que de telles choses réagissent plutôt qu’elles n’agissent. En revanche, les êtres qui perçoivent l’optimum à atteindre sont dits agir par eux-mêmes, parce qu’ils ont non seulement un principe intrinsèque d’action, mais un principe intrinsèque d’action optimale. Et, parce ce double fondement leur est intrinsèque, l’activité de ces êtres est dit libre, cette qualification signifiant que leur activité procède d’une tendance intrinsèque dont le principe leur appartient. C’est pourquoi, dans la définition d’Aristote, de st. Grégoire de Nysse et de st. Jean Damascène, on appelle libre, non seulement « ce qui procède d’un principe intrinsèque », mais en y ajoutant « cognitif ».

Aussi, puisque l’homme est l’être qui perçoit le mieux l’idéal à atteindre, et qu’il agit dans ce sens, c’est l’activité humaine qui est la plus libre.

Objections et solutions :

1. Au dire de st. Grégoire de Nysse, de st. Jean Damascène et d’Aristote « Est libre ce qui procède d’un principe intrinsèque ». Or l’origine de l’activité humaine n’est pas dans l’homme, mais en dehors de lui ; car son désir est stimulé par un facteur extrinsèque, lequel est semblable à « un moteur non mû » (in III de anima). On ne trouve donc pas de liberté dans les actes humains.

• Tout principe n’est pas obligatoirement principe fondamental. Procéder d’un principe intrinsèque caractérise certes l’action libre, mais la liberté n’est pas incompatible avec le fait que ce principe ait lui-même son origine dans un principe extrinsèque. Car il n’est pas essentiel à la liberté d’une action que le principe intrinsèque de cette action en soit le principe fondamental. De plus, il convient de remarquer qu’un principe peut être fondamental dans une certaine catégorie, sans être pour autant fondamental de manière absolue. Par exemple, dans la catégorie des réalités physiques, les forces physiques élémentaires sont le principe fondamental du monde physique, mais elles-mêmes ne sont pas le principe absolu du monde physique, car elles ont pour principe une réalité qui les fonde et qui est l’origine absolue de toute chose. C’est de cette manière que le principe intrinsèque de la liberté humaine, à savoir la conscience et son aspiration, est le principe fondamental de l’activité humaine d’un point de vue psychologique, bien que ce principe soit mise en branle par une stimulation extrinsèque.

2. Aristote (in VIII Physic.) démontre qu’il n’y a chez les animaux aucune action qui ne commence sans qu’il n’y ait quelqu’événement externe qui en soit la cause. Or toutes les actions de l’homme ont un commencement, aucune d’elles en effet n’étant éternelle. Donc le principe de toute l’activité humaine est extrinsèque et, en conséquence, n’est pas libre.

• Un animal peut commencer une action à cause d’un événement extrinsèque de deux façons :

– Selon que, par un événement de ce genre, se trouve présenté aux sens un objet concret qui, étant perçu, stimule le désir ; c’est ainsi qu’un lion voyant, à cause même de son mouvement, un cerf qui s’approche, commence à s’approcher de lui.

– Selon que, par cet événement extrinsèque, se produisent dans le corps de l’animal certains changements physiologiques, comme il arrive par exemple sous l’action du froid ou de la chaleur ; le corps étant ainsi modifié, la sensibilité qui est une faculté liée à un organe corporel est à son tour impressionné incidemment ; ainsi en est-il quand la sensibilité se met à aspirer à quelque chose par suite d’une altération corporelle. Mais il n’y a rien là, comme on vient de le dire, qui soit contraire à la liberté, car ces événements extrinsèques ne sont pas psychologiques mais relèvent d’une autre catégorie d’être.

3. Qui agit de manière libre a le pouvoir d’agir de soi-même. Mais ceci ne convient pas à l’homme, car il est dit en st. Jean (15, 5) : « Sans moi vous ne pouvez rien faire. » Donc il n’y a pas de liberté humaine.

• Ultimement, c’est Dieu qui incite l’homme à agir non seulement en proposant à ses sens un objet désirable, mais encore en orientant sa liberté elle-même, car tout mouvement aussi bien de la liberté que de la nature procède ultimement de Dieu, lui qui est le principe ultime de toute chose. Et de même qu’il n’est pas contraire à la notion de nature de procéder ainsi de Dieu qui est son origine ultime, de telle sorte qu’elle est semblable à un instrument dans les mains de Dieu, de même il n’est pas contraire à la notion de la liberté qu’elle vienne de Dieu en de telle sorte qu’elle soit orientée par lui. Toutefois, il appartient à la fois au mouvement physique et à la fois au mouvement libre de procéder d’un principe intrinsèque.

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