L’absolu n’est-il qu’une forme de nécessité logique ?

mardi 25 février 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Toutes les tentatives faites pour réduire la nécessité métaphysique (absolu) à une forme de nécessité logique ayant échoué, il semble qu’il faille d’avantage dire que c’est la nécessité métaphysique qui fonde la nécessité logique, et non l’inverse.

Dire qu’une réalité est contingente, c’est dire beaucoup plus que seulement dire : « La proposition correspondante à cette réalité a une valeur de vérité qui ne découle pas des seules règles de la logique ». Un fait contingent est un fait qui existe, mais qui aurait pu ne pas exister. Inversement, dire qu’une réalité est absolue ou nécessaire, c’est dire beaucoup plus que seulement dire : « La proposition correspondante à cette réalité a une valeur de vérité qui découle des seules règles de la logique ». Une réalité absolue est une réalité qui existe, et qui n’aurait pas pu ne pas exister. Il y a donc, prima facie, une différence entre modalité métaphysique et modalité logique.

A Debate on the Existence of God
F. C. Copleston vs. Bertrand Russell (1948)
ReasonPublic

La notion de nécessité et de possibilité ici en jeu est celle d’une possibilité métaphysique et d’une nécessité métaphysique (au sens large). Ces modalités métaphysiques sont la forme fondamentale des différentes modalités, et toutes les autres formes de possibilité et de nécessité (qu’elles soient logiques, physiques, historiques, juridiques, etc) n’en sont que des qualifications ou des restrictions.

 Tentatives de réduction

Depuis l’époque du positivisme logique, toutes les tentatives opérées pour réduire la possibilité métaphysique à une simple cohérence logique (ou à une cohérence logique avec les vérités définitionnelles ou « analytiques ») ont échoué.

  • Premièrement, il s’est avéré impossible de définir les vérités analytiques sans faire référence aux notions de possibilité et de nécessité.
  • Deuxièmement, l’explication de la modalité existentielle par la modalité logique reste obscure, à moins d’insister sur l’utilisation d’une logique de premier ordre, laquelle, comme John Etchemendy l’a montré [1], n’est qu’une reconstruction invraisemblable de la cohérence logique.
  • Enfin, les essais faits pour éviter les prétendus « mystères » de la modalité métaphysique ont conduit aux difficultés encore plus importantes de la théorie platonique des ensembles et aux mystères de savoir comment ces entités mathématiques transcendantes seraient reliées au reste de la réalité (et, plus encore, comment nous pourrions obtenir des informations fiables dessus).

Les efforts récents visant à donner un sens à la réalité mathématique font précisément usage de la notion de modalité métaphysique (comme dans les « structures possibles » de Hellman [2], ce qui indique que l’ordre correct de l’explication commence avec la modalité, et non pas avec les entités mathématiques.

 Tentatives de négation

Si nous refusons l’existence de faits contingents, alors nous devons conclure que nous vivons dans un monde où aucune de ces trois modalités – possibilité, l’existence en acte, et la nécessité – n’a de sens. Cela revient à nier l’utilité de ces modalités. Un tel déni se heurte à la masse croissante d’oeuvres philosophiques dans lesquels la modalité joue un rôle central. Cette négation radicale de la modalité est semblable à une sorte de terrorisme intellectuel, sapant à la base toutes ces fructueuses recherches philosophiques à propos de la nature des lois naturelles, de l’épistémologie, de la décision, de l’action et de la responsabilité, et d’une foule d’autres applications.

P.-S.

Cet article a été rédigé à partir de l’article de Koons : A new look on the cosmological argument

Notes

[1Etchemendy, John. 1990. The Concept of Logical Consequence. Harvard University Press, Cambridge, Mass.

[2Hellman, Geoffrey. 1989 Mathematics without Numbers : Towards a Modal Structural Interpretation. Clarendon Press, Oxford.

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