L’Église peut-elle modifier les sacrements ?

mardi 8 juillet 2014, par theopedie

En bref : L’Église ne peut modifier le cœur du sacrement (sa substantifique moëlle : généralement un rite de base et une formule), mais elle peut aménager ce qui l’entoure.

Dire que seul Jésus peut instituer des sacrements, cela veut dire que lui seul peut donner des rites à sa communauté ayant valeur sacramentelle. Cela ne veut pas dire qu’il ait donner le détail de ces rites ! Charge à sa communauté, en étudiant les paroles de Jésus, la manière dont vivaient les premiers disciples, de s’occuper des aménagements pratiques et culturels.

 Le pouvoir de l’Eglise

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La substance du sacrement
Un rite et une formule

L’Église n’est pas une servante, c’est une épouse qui administre l’héritage de son époux en toute liberté. Si Jésus a institué tous et chacun des sacrements, il ne s’ensuit pas qu’il ait réglé pour l’éternité et dans le dernier détail, l’administration de chacun. Il a même pu laisser à son épouse, l’Église, le choix des éléments constitutifs de certains d’entre eux. Ceci nous explique d’ailleurs pourquoi la matière et la forme de certains sacrements aient pu varier au cours des âges.

Initiation théologique IV,p.430

Attachés à la doctrine des Saintes Écritures, aux traditions apostoliques […] et au sentiment unanime des Pères [nous professons] que les sacrements de la Loi nouvelle ont tous été institués par notre Seigneur Jésus-Christ » (concile de Trente). Le Christ les a institués « pour la sanctification de l’Église, qu’il a purifiée « par le bain d’eau qu’une parole accompagne » (Éphésiens 5, 26). Il les confie à l’Église […] en un sens particulier aux apôtres et à leurs successeurs établis comme « intendants des mystères de Dieu » (1 Corinthiens 4, 2)

(Catéchisme des évêques de France, n° 374).

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L’épiclèse sur le pain et le vin
Rite ordinaire précédant la consécration

 La précision du rite

Précisons. En parlant d’institution par le Christ des sacrements, nous avons distingués institution générale et institution précise. Si le Christ a institué de manière précise la substance d’un sacrement, l’Eglise ne peut changer cette substance (le baptême, l’eucharistie). En revanche, si le Christ n’a institué que de manière générale un rite sacramentel, l’Eglise a le droit de préciser la substance d’un rite sacramentel.

The question immediately arises as to what belongs to the substance of a particular Sacrament, and the answer will depend upon whether Our Lord instituted it generically (in genere) or specifically (in specie). In the former case, He left it to the supreme authority of His Church to decide the particular signs which should signify and effect the sacramental grace. Where Christ instituted a Sacrament in specie, as regards either matter or form, the Church has no power to change them. Our Lord chose water for the matter of Baptism and bread and wine for the matter of the Holy Eucharist ; nothing else can ever be admitted. But even here the Church enjoys a certain latitude in fixing the precise nature of the matter. Where bread for the Holy Eucharist is concerned, priests of the Latin rite are bound to use unleavened bread-----just as Our Lord did at the Last Supper. But there are other rites, Uniate and Orthodox, in which leavened bread is used-----and the Church recognizes this as equally valid. The Pope possesses the legal power to impose the use of unleavened bread upon the Eastern rites or of leavened bread upon the Latin Church-----but until the reforms of Vatican II it had always been the Catholic custom to hold fast to the traditions which have been handed down, liturgical traditions in particular, and never to change them even in minor matters without a compelling reason for doing so. (trouvé ici)

 Directives de l’aménagement du rite

Ainsi, si l’on considère un rite sacramentel, on peut distinguer un rite invariant qui remonte au Christ lui-même - et qui est suffisant en lui-même comme l’attestent les brèves formules sacramentelles en cas de danger de mort - et la manière dont ce rite est explicité dans une cérémonie liturgique. Cette cérémonie sacramentelle, dans sa totalité, se présente manifestement comme une liturgie complexe, qui pour une part considérable est l’œuvre non du Christ mais de l’Église, et qui peut varier considérablement selon les époques. Généralement, cette explicitation du rite sacramentel institué par le Christ se fait dans les trois directions iconiques suivantes :

  • Mise en valeur de la dimension commémorative (signa rememorativa) : ce qui, dans le sacrement, rappelle Jésus.
  • Mise en valeur de la dimension indicative (signa demonstrativa) : ce qui, dans le sacrement, indique la grâce.
  • Mise en valeur de l’anticipation (signa prognostica) : ce qui, dans le sacrement, annonce la consommation des biens futurs dans la gloire.

L’Église a toujours eu, dans la disposition des sacrements, leur substance étant sauve, le pouvoir de décider ou de modifier ce qu’elle jugeait mieux convenir à l’utilité spirituelle de ceux qui les reçoivent ou au respect des sacrements eux-mêmes, selon la variété des circonstances, des temps et des lieux. (Concile de Trente, VII, canon 1, nous surlignons)

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Forme développée

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