L’Absolu peut-il se transformer ou changer ?

jeudi 1er mai 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : L’Absolu est immuable car il est plus parfait que ce qui change pour se transformer. Il est de manière instantanée tout ce qu’il pourrait être : il est acte pur et plénitude réalisée. Il est immuable et immobile par excès de perfection. Il est au-delà - et non en-deça - du changement.

Sermon contre l’immutabilité divine
Pasteur Marc Pernot
Oratoire du Louvre, wQF_qsTS9V0

L’immutabilité signifie le fait de ne pouvoir changer. Plusieurs arguments plaident en faveur de l’immutabilité de l’Absolu :

  • Si l’Absolu est parfait, il ne peut changer, car tout changement est soit vers le mieux (mais alors l’Absolu n’est pas parfait) soit vers le pire (ce qui serait absurde).
  • Si l’Absolu pouvait changer, il faudrait une cause à ce changement. L’Absolu serait donc causé et non plus non-causé.
  • Si l’Absolu peut changer, c’est qu’il a en lui des potentialités qui ne sont pas encore en acte. Il n’est donc pas un être nécessaire, mais contingent. Changer signifie en effet pouvoir être.
  • Dans les religions révélées, l’immutabilité divine garantit la puissance et le plan salvifique de Dieu.

Dieu ne change pas !
Charles Spurgeon fut un grand prédicateur protestant
Beillevaire Diane

Actuellement, plusieurs contre-arguments ont pu être avancés contre l’immutabilité divine. Aucun d’eux ne semble toutefois dirimant :

  • On a pu dire que l’immutabilité divine était un héritage de la tradition grecque, non pas de la tradition chrétienne. Ceci est toutefois faux : les premiers chrétiens ont tous tenu l’immutabilité divine. De même, la Bible, correctement lue, plaide en faveur de l’immutabilité divine. Enfin, la dévalorisation de la philosophie grecque est un argument ad hominem, c’est-à-dire un sophisme. Il n’y a rien d’inconvenant à reprendre certains éléments de la plus noble tradition philosophique. Ces éléments devraient certes être rejetés s’il était vrai que l’homme, privée de la grâce chrétienne, ne pouvait rien connaître de Dieu à cause du péché originel. Nous avons cependant refusé cette interprétation maximaliste du péché originel : malgré le péché originel, l’homme peut naturellement connaître certaines choses sur Dieu.
  • On a pu dire que, si Dieu ne peut changer, il ne peut éprouver aucune émotion, il ne peut souffrir avec nous. Son amour ne serait qu’une abstraction. Ceci est toutefois faux : l’immutabilité divine est, dans la tradition chrétienne, l’expression même de l’amour divin et une source d’espérance pour les affligés. L’argument pèche en commettant un anthropopathisme. L’immutabilité divine ne signifie pas que Dieu ne ressent aucune émotion : elle signifie que les émotions divines sont l’expression d’une activité (sentiments), non d’une passivité (affections). C’est uniquement du point de vue des hommes que les sentiments de Dieu changent : parce qu’eux-mêmes changent.
  • On a pu dire que la Bible présentait Dieu comme changeant d’avis et se repentant. Toutefois, ces passages ne contredisent l’immutabilité divine que s’ils sont interprétés en un sens littéral et anthropopathique. Ce sens littéral peut et doit être assoupli pour ne pas entrer en contradiction s avec les autres passages de la Bible affirmant l’immutabilité divine. Il convient alors d’opter pour une interprétation conciliant pédagogie de la révélation et immutabilité divine.
  • On a pu dire que l’immutabilité n’était pas compatible avec la vie de Dieu : un bloc de marbre est immuable et éternel, mais un organisme vivant est sans cesse en mouvement. Dire que Dieu est immuable équivaudrait ainsi à dire qu’il n’y a en Dieu aucune vie. Mais ceci est faux : il convient de distinguer immutabilité d’imperfection (immobilité) et immutabilité de perfection (stabilité). Dieu est dit immuable en ce sens que son existence coïncide toujours avec la plus haute expression de son activité.

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