L’Absolu existe-il ?

samedi 1er mars 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : L’Absolu existe. Ce qui change démontre ce qui demeure (le changement ne peut se deviner que sur un fond de permanence) : de même, l’effet prouve la cause, les moyens prouvent la fin, l’ordre prouve le principe, et le contingent prouve l’absolu.

La réalité absolue (l’Absolu) n’étant objet ni d’une intuition, ni de conscience, son existence se démontre par un raisonnement a posteriori, c’est-à-dire par un raisonnement qui procède, non d’une intuition ou de l’analyse d’un principe logique (argument a priori ou ontologique) mais d’une observation portant sur le monde extérieur (raisonnement de type expérimental ou encore argument cosmologique, car l’expérience porte sur l’univers lui-même).

Principe expérimental de la démonstration

Americana
Une réalité changeante
MountAiryFilms

Les preuves traditionnelles visant à démontrer l’existence d’un Absolu sont généralement présentées sous forme de déduction : étant donné ce qu’est la réalité qui nous entoure, on ne peut qu’en déduire l’existence d’un Absolu. Plus précisément, les arguments partent de la fragilité de notre réalité quotidienne. Cette réalité ressemble en effet une réalité contingente : le cours de l’histoire est tel que nos livres nous l’apprennent, mais nous avons le sentiment qu’il aurait pu en être autrement. Cette contingence et cette fragilité ne sont d’ailleurs pas l’exclusivité du monde humain : mêmes les lois physiques, même le cours de l’évolution biologique et astronomique nous semblent contingents.

À l’origine de la démonstration de l’Absolu, il y a donc une certaine expérimentation. Celui qui n’a pas fait l’expérience de sa propre contingence et de celle du cosmos ne pourra vraisemblablement pas saisir le principe de cette preuve :

Tu fais retourner l’homme à la poussière et tu dis : « Retournez fils d’Adam ». Car mille ans à tes yeux sont comme un jour, une heure au milieu de la nuit. Tu te réveilles, ce n’était qu’un songe. Comme une herbe qui pousse le matin : le matin, elle fleurit et pousse, le soir, la voici fanée, desséchée. (Ps 90)

Principe rationnelle de la démonstration

De là, l’argument se poursuit : si la réalité semble contingente, c’est qu’elle ressemble davantage à un effet plutôt qu’une cause, à quelque chose ayant été organisé et ordonné plutôt qu’à un principe d’ordre. On remonte alors de l’effet à la cause, de ce qui est organisé au principe, et de proche en proche, à un Absolu. Ainsi, l’existence de l’absolu se déduit de l’existence d’une réalité dépendante. L’être dépendant exige un principe d’où il dépend.

VLT (Very Large Telescope)
Timelapse Footage
Nicolas Bustos

Cette exigence est d’ailleurs explicitée dans le principe de raison suffisante : “Si une réalité dépend de quelque chose pour exister, cette réalité possède une cause qui permet d’expliquer son existence”. Ce principe sert comme principe méthodologique dans la science : on le retrouve à l’œuvre ici dans un argumentation de type philosophique. A cela, il n’y a rien d’étonnant : philosophie et science partagent une même exigence de rigueur et de rationalité.

Grâce à ce principe, on peut alors démontrer plus rigoureusement l’existence d’une réalité absolue, principe et soutien de la contingence.

D’âge en âge Seigneur, tu fus notre refuge. Avant que naissent les montagnes, que le monde et l’univers soient enfantés, depuis toujours et pour toujours, toi tu es Dieu. (Ps 90)

Cette formalisation est plus particulièrement développée dans l’argument cosmologique, auquel nous renvoyons.

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