L’Absolu est-il une réalité structurée ?

mardi 22 avril 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : Toute réalité structurée contient à la fois un élément structurant et des éléments structurés. Or, les éléments structurés, en recevant d’une structure un principe organisateur, changent en devenant déterminés par cette structure. Or nous avons exclu de l’Absolu toute potentialité, tout changement et toute matérialité.

Nous reproduisons ci-dessous la réponse de saint Thomas d’Aquin à cette question (ST Ia, 3,2). Elle est intéressante car elle est permet de nuancer notre réponse négative : ce n’est pas tant que l’Absolu ne soit pas structure, mais plutôt qu’elle est structure. Saint Thomas d’Aquin a probablement l’idée de ménager une certaine structuration de l’Absolu, puisque l’Absolu pour un chrétien, est esprit et trinité. On fera attention au vocabulaire qu’emploie saint Thomas d’Aquin et on pourra déceler à travers la notion de « forme » la notion de « structure » (sur l’interprétation structuraliste de l’hylémorphisme en termes métaphysiques contemporains, cf. Structure de la réalité et réalité de la structure, de Paul Adrien d’Hardemare).

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Trinité et structure
La trinité n’est pas à proprement une structure : les relations entre les sujets divins ne sont pas en effet des relations externes mais des relations internes : autrement dit, il n’y a pas d’un côté une réalité structurée et de l’autre une réalité structurante. Nous renvoyons le lecteur aux articles consacrées à la Trinité.

 Position de saint Thomas

Il est impossible qu’il ait en Dieu aucune matière. Premièrement, parce que la matière est de l’être en puissance, et il a été démontré que Dieu est acte pur, n’ayant en lui rien de potentiel. Il est donc impossible qu’il y ait en lui composition de matière et de forme.

En second lieu, un composé de matière et de forme n’a de perfection et de bonté qu’en raison de sa forme. Il n’est donc bon, lui, que par participation, selon que de sa matière participe la forme. Or l’être qui est bon et excellent à titre premier, Dieu, ne peut pas être bon en participation , car le bien par essence est antérieur au bien par participation. Enfin, tout ce qui agit, agit en raison de sa forme et ainsi le rapport d’un être à sa forme détermine le rapport de cet être à l’action. Donc, ce qui est premier quant à l’action et agissant par soi-même. Or, Dieu est premier agent, étant première cause efficiente, ainsi qu’on l’a vu : il est forme par son essence, et non pas composé de matière et de forme.

 Réponses aux objections

L’Écriture attribue à Dieu une âme, or une âme est la forme d’un corps. L’Écriture prêt à Dieu de la colère, de la joie et autres mouvements passionnels, qui le propre du composé âme et corps, matière et forme.

  • Le langage biblique attribue à Dieu une âme pour désigner symboliquement des actions qui chez nous viennent de l’âme, et elle lui prête des mouvements passionnels pour exprimer, également par métaphore, des résultats de son action qui chez nous proviennent de tels mouvements.

En outre, c’est la matière qui est le principe d’individuation. Or Dieu n’est-il pas un être individuel ? S’il ne l’était, on pourrait attribuer sa nature à plusieurs êtres.

  • Il est vrai que les formes susceptibles d’être reçues dans une matière sont individuées par cette matière. La raison en est que la matière ne peut pas avoir de sujet, étant elle-même le premier sujet, supposé à tout le reste. La forme, au contraire, autant qu’il est en elle, et à moins de quelque empêchement étranger à sa nature, peut être reçue en plusieurs sujets. Mais, on le voit, cela n’intéresse que les formes destinées à une matière. Si une forme n’est pas ainsi apte à être reçue et déterminée par un sujet, si elle est subsistante par elle-même, elle est individuée par ce fait seul, et c’est le cas de Dieu. Il n’y a donc pas lieu d’attribuer à Dieu une matière.

Documents joints

  • Voici le corps et le sang du Seigneur (chant) (Youtube – 257 octets)

    Les chrétiens disent que Jésus est Dieu
    et que l’hostie consacré est le corps de Jésus.
    Cela ne veut pas dire que Dieu a un corps
    mais qu’à travers le corps de Jésus ou l’hostie,
    Dieu agit directement. L’un et l’autre sont divinisés,
    et donc divins, mais dans un sens dérivé.

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