L’Absolu est-il solitaire ?

jeudi 8 mai 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : L’Absolu est solitaire, non au sens où l’Absolu exclut toute relation, mais au sens où il transcende toute réalité historique et contingente.

Il est usage d’opposer ce qui est absolu et ce qui est relatif. L’absolu est alors envisagé comme une solitude existentielle, une « monade ». Cette conception de l’absolu comme solitude n’est toutefois pas fondée : c’est à l’être contingent et à la dépendance existentielle que l’absolu s’oppose, et non au relatif. L’absolu n’exclut pas en effet la relation en vertu de laquelle un autre dépendrait de lui (les degrés de température dépendent du zéro absolu, les subordonnés dépendent du pouvoir absolu). On pourrait même démonter que l’absolu implique cette relation dans l’hypothèse ou quelque chose existe en dehors de lui.

Je suis la solitaire
Keny Arkana
Keny Arkana

Il n’en reste pas moins vrai que, dans un certain sens, l’absolu est solitaire. S’il existe un Absolu, cause première de la toute la réalité contingente, alors cet Absolu est séparé de toute réalité par l’éminence de son mode d’être. L’absolu est acte pur d’être et a pour identité d’être l’existence elle-même dans toute sa richesse. L’Absolu ne peut donc être qu’unique et cette unicité est synonyme d’une certaine solitude : il n’y a pas d’autre Absolu que lui. En ce sens, sa solitude est absolue et sa transcendance parfaite. Aucune réalité contingente ne suffit pas à former pour lui une société : il est seul, au milieu du monde, comme est seul un homme de génie dans un jardin peuplé de pantes et d’animaux. « Plus un homme est placé haut, plus il demeure seul » a dit Hello. L’Absolu est placé si haut que sa solitude est infinie.

Cette transcendance et cette « solitude relative » s’exprime dans la manière dont cet Absolu est relié au monde. L’Absolu n’est pas soumis à une quelconque relation que ce soit : il peut être relié au monde, mais en réalité, c’est le monde qui est relié à lui. Le monde est naturellement orienté vers lui, mais lui n’est naturellement orienté que vers lui-même. Il est la fin de toute chose et toute chose trouve en lui sa fin et son existence.

God is One
ALpha Bondy (album Massada)
AlphaBlondy53, Ghl9aSBAfFM

Et sans doute le mot « ultime » ajoute quelque chose au mot « beau » ; mais ce qui est ainsi ajouté n’est pas une réalité positive, capable de faire composition ; c’est une relation pure, et cette relation, comme toutes celles qu’on attribue à Dieu à l’égard de ses créatures, n’est réelle que du côté de ces dernières ; en Dieu, elle est une chose de raison, comme on dit d’un objet qu’il est connaissable pour exprimer qu’il existe une science qui se rapporte à cet objet et non l’inverse. La qualité de beauté ultime n’entraîne donc pas composition en Dieu, mais seulement ceci que toutes les autres réalités n’ont pas une telle beauté.

Thomas d’Aquin, Somme de Théologie, 6, : À propos de savoir si Dieu est-il
la beauté ultime.

Soit une relation entre l’Absolu et le monde (relation de création, relation d’omniscience, etc). Cette relation est, du point de vue de l’Absolu, une relation dite « de raison » (c’est-à-dire une relation qui ne modifie pas l’élément auquel elle s’applique) tandis que, du point du vue de la réalité contingente qui est créée par l’Absolu, une relation réelle (c’est-à-dire une relation qui modifie l’élément auquel elle s’applique). Ainsi s’exprime la transcendance de l’Absolu par rapport au monde : non pas solitude absolue mais indépendance absolue.

How Great is Our God
Version Reggae : Sherwin Gardner
Richard Negrobar, wH-KTiTM6s8

Ceci revient simplement à dire que l’Absolu est à la source même des relations par lesquelles ils est reliés au monde. Ces relations sont des réalités créées et l’Absolu est sujet de ces relations, sans y être soumis : une relation peut tout à fait avoir comme sujet un être absolu et comme objet un être contingent. Cette relation est comme « infectée » à la contingence de l’un de ses éléments, sans pour autant « infecter » de sa contingence son sujet nécessaire.

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