L’Absolu est-il atemporel ?

dimanche 4 mai 2014, par Paul Adrien d’Hardemare

En bref : L’éternité est une forme de temporalité : c’est une durée parfaite sans succession. Dire que Dieu - ou l’Absolu - est éternel, ce n’est donc pas dire qu’il est atemporel.

Beaucoup de partisans de l’éternité divine pense cette éternité en terme d’atemporalité (timelessness). On ne confondra pas cette notion avec la sempiternalité (everlasting). Est atemporel ce qui est hors du temps, tandis qu’est sempiternel ce qui est dans le temps sans lui être soumis.

Il existe actuellement une tendance théologique pour voir en l’Absolu et en Dieu une réalité atemporelle. Cette description fautive de l’Absolu prend sa source dans une conception fautive du temps. On a coutume d’opposer deux conceptions du temps : une conception absolue et une conception relativiste. Dans la conception absolue du temps, le temps est envisagé comme un cadre absolu et immuable dans lequel se meuvent toutes les réalités. L’Absolu est alors considéré (1) soit comme échappant totalement à ce cadre et il est alors atemporel (2) soit comme vivant lui-aussi dans ce cadre mais sans lui-être soumis (et il est alors sempiternel).

A Brief History of Time
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Il ne nous appartient pas ici d’exposer plus amplement ces deux conceptions du temps [1]. Qu’il nous suffise de dire que la conception absolue du temps pose suffisamment de problèmes scientifiques (relativité de l’espace-temps), métaphysiques (primat des relations sur la monade) et théologiques (souveraineté divine et immanence) pour que l’on doive la rejeter. On optera donc pour une conception relativiste du temps (série B de Mac Thaggart). Dans la conception relativiste du temps, le temps est lié au changement, à l’avant et à l’après : comme il n’y a en Dieu ni avant ni après, ni aucun changement, il est dit éternel. Toutefois, comme il se maintient éternellement dans son propre être, son éternité est conçue comme une sorte de durée.

Ainsi, dans la théologie classique, l’Absolu (Dieu) n’est pas « atemporel ». Certes, il n’est pas soumis au changement et n’a ni commencement ni fin. Certes, il n’a aucune détermination matérielle, spatiale et temporelle. Mais l’éternité, rapportée à l’Absolu, n’en est pas moins conçue comme une certaine forme de temporalité. C’est une temporalité dont on a exclu toute idée d’imperfection et tout idée de dépendance.

Ezekiel Saw The Wheel
The Charioteers
(+ Satan wears number 11 shoes)
Les roues dans les roues :
image de l’éternité divine
KittyCatInAMicrowave, 7f69SLJPNRU

L’éternité, comme le temps, est une durée. Mais il est évident que les sens du mot « durée » sont purement analogues. L’élément semblable c’est l’idée de mesure. Pour arriver à concevoir ce qui, dans cette idée de mesure, appartient en propre à l’éternité, il faut procéder par l’élimination des éléments particuliers du temps. C’est ainsi que nous formerons un concept, au moins négatif, de l’idée d’éternité.

What Is Time ?
Determinism, Quantum Physics, Consciousness, Free Will, Causality...
Cracking The Nutshell

À la différence d’une idée universelle qui est atemporelle, l’Absolu se possède dans son acte d’être. Il est à lui-même la mesure de sa propre temporalité. Il est, selon l’expression de Boèce, possession parfaite, entière et instantané e, d’une vie infinie. L’éternité n’est pas la négation de la temporalité, mais l’exclusion au sein de la temporalité de l’idée de succession.

Notes

[1On nous permettre de seulement citer Sertillanges, alors même que sa pensée mériterait une plus ample analyse : « Il n’y a pas de mouvements du ciel ; ce n’est là qu’une apparence ; il y a des mouvements emboîtés selon des lois variables, il y a des ensembles partiels, mais point d’unité, point de mouvement type, point de norme première des mouvements de la nature, tout au moins dans l’état actuel de notre science. Il s’ensuit qu’il y a des temps propres à chaque réalité ou à chaque groupe d’êtres, mais que le temps, le temps commun qui nous sert à nombrer les années et les jours, n’est qu’une mesure conventionnelle, utile pour nous, mais n’ayant aucun caractère d’objectivité. »

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