Jésus a-t-il vraiment marché sur les eaux ?

dimanche 30 juin 2013, par theopedie

 La question est-elle pertinente ?

Il y a plusieurs types de miracles accomplis par Jésus. Il y a d’abord, pourvu que l’on considère correctement les rapports entre le monde moderne et le monde antique, ceux qui n’ont aucune raison d’être remis en cause : les guérisons, les exorcismes, le pardon des péchés, etc. Il y a ensuite les miracles qui paraissent vraiment extra-ordinaires mais dont les Évangiles disent qu’ils se sont historiquement passés : la multiplication des pains, l’eau changée en vin à Cana, la transfiguration, la résurrection, etc. Croire dans l’historicité de ces miracles dépend alors de la confiance que l’on a dans ces textes sacrés.

Jésus marche sur les eaux
Extrait en anglais de The Bible Series
Michele Brock

Le miracle de Jésus sur les eaux n’appartient pas à ces deux catégories de miracles, mais à une troisième catégorie : ceux qui paraissent tellement « décalés » que, même en faisant confiance à ces textes, ils sont difficilement compréhensibles. Parmi ces miracles, il y a ainsi l’exemple des rois mages.

Les récits merveilleux des rois mages et de Jésus qui marche sur les eaux ont ceci de particulier : leur sens symbolique a plus d’importance que leur sens historique, de sorte que le lecteur à chaque fois qu’il lit ces passages est amené moins à se poser la question « Ceci s’est-il vraiment passé ? » que la question « Qu’est-ce que cela veut dire ? » Autrement dit, on a du mal à se concentrer sur l’exactitude historique de ces passages, laquelle ne paraît pas essentielle à leur message. Peut-être après tout, ces épisodes ne sont-ils pas des épisodes historiques, mais des épisodes allégoriques : la science mène à Jésus (les rois mages), l’Église est sauvée de la mort par la foi en Jésus (Jésus qui marche sur les eaux).

 Le lac de Galilée est un fluide non-newtonien

Ceci étant dit, après avoir relativisé l’enjeu historique de ce miracle par rapport à son enjeu symbolique, rien n’empêche de poser à nouveau frais la question de savoir si Jésus a vraiment marché sur les eaux. Après tout, un épisode peut être à la fois symbolique et historique.

Parmi les tentatives pour rendre compte de ce miracle, deux peuvent méritent d’être soulignées. Il y a d’abord un phénomène physique connu sous le nom d’ antithixotropie (dilatancy en anglais) :

On a marché sur de la crème anglaise
Bien sûr, le lac n’était pas empli de crème anglaise (!),
mais le sable aurait formé un mélange de ce type.
brainiacstore

L’antithixotropie caractérise la propriété qu’ont certains fluides non newtoniens de voir leur viscosité augmenter avec le temps lorsqu’ils sont soumis à un gradient de vitesse (ou à une contrainte de cisaillement) constant(e) ; le fluide revenant à son état initial après un temps de repos variable (réversibilité de la propriété). (Wikipédia)

Par exemple, à marée basse, le sable de la plage est entièrement trempé. Si je marche sans m’arrêter, je ne laisse qu’une faible trace sur le sable, mais si je m’arrête sur le sable mouillé, peu à peu mes chevilles s’enfoncent. Ce serait de la même manière que Jésus aurait marché sur les eaux : un tremblement de terre aurait mélangé les sédiments sous-marins avec l’eau, faisant du lac de Galilée un fluide non-newtonien. Pierre, par manque de foi, n’aurait pas marché suffisamment vite pour rester à la surface de l’eau. Pour plus d’information, voir ici.

 L’eau avait gelée

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Une deuxième explication, peut être plus crédible (mais moins amusante...), consiste à dire que Jésus n’a probablement pas marché sur l’eau mais sur une colonne de glace que la pluie avoisinante rendait difficilement visible. Après avoir enregistré et analysé les relevés de température de la surface de la mer Méditerranée et en utilisant des modèles statistiques, les scientifiques ont étudié une petite partie de la surface de l’eau douce, non pas du lac de Galilée, mais du lac Kinneret (Israël du nord). La zone étudiée, environ 900 mètres carrés, se situait près de sources salées s’y déversant.

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Glace au Lac Kinneret
Détails scientifiques de l’article

Les résultats suggèrent les températures du lac ont chuté pendant deux jours consécutifs jusqu’à -4 degrés deux fois entre -500 et 500. Avec de telles conditions, de morceaux de glace flottantes peuvent se développer consécutivement au déversement printanier des sources salées le long de la rive ouest du lac de Tabgha (Tabgha est une ville où de nombreuses découvertes archéologiques liées à Jésus ont été faites).

En resserrant les analyses, on peut montrer que de telles glaces printanières auraient pu se former deux à trois fois par siècle à l’époque de Jésus.

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